Le maître du Haut château de Philip K Dick

by Gwen

Titre le Maître du haut-château

Auteur Philip K Dick

Date de sortie livre 1962/Audible 2018

Narrateur Bernard Gabay

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Je connais Philip K. Dick pour ses romans de science fiction qui figurent, selon moi, parmi les plus réussis et ceux qui ont servi de fondements à certains récits les plus forts du genre.

Dans le Maître du Haut château, pas d’intelligences artificielles prenant le relais de l’homme, pas de réplicants ou autres androïdes.

Ce roman, publié en 1962, en pleine Guerre Froide, est une uchronie, une histoire où l’Histoire se finit différemment de celle que nous connaissons.

Dans cette histoire, l’Allemagne et le Japon ont gagné la Seconde guerre mondiale et se sont partagés les Etats-Unis. À l’Est, un état contrôlé par les nazis. À l’Ouest, les Japonais dominent. D’autres parties sont à peine voire pas évoquées. Entre els deux vainqueurs d’hier, une forme de guerre froide se met en place. L’Allemagne, dirigée par Martin Bormann, a continué à exploiter la technologie développée par Von Braun et propose désormais des traversées du monde supersoniques et même des voyages vers la Lune et Mars. Le Japon, pour sa part, fait figure de puissance vieillissante qui ne propose rien d’extravagant mais ne se livre pas non plus à toutes les exactions et les génocides perpétrés par son allié d’hier.

Ce nœud géopolitique, renforcé par la succession de Bormann, a un impact plus ou moins direct sur les personnages du roman qui vivent à San Francisco pour les uns, dans les montagnes Rocheuses pour les autres.

Les histoires des uns et des autres, sortes de chroniques de vie banales sous occupation, ont deux points communs récurrents : l’usage quasi-systématique du Yi King ou livre des transformations qui, à l’aide d’hexagrammes, propose des oracles. Ils guident la vie des héros, leurs décisions et leur permettent de mieux appréhender leur sort.

C’est un fossé très intéressant entre l’avance technologique des uns et la tradition des autres, comme précisé auparavant.

L’autre point de concordance est un livre, le Poids de la sauterelle, rédigé par un auteur reclus, Hawthorne Abendsen. Différents protagonistes du roman le racontent, à leur manière, selon leur sensibilité. Il s’agit ni plus ni moins que d’une uchronie où l’Axe n’aurait pas gagné la guerre.

Facile, me direz-vous ? Il suffit de reprendre la « vraie » Histoire et le tour est joué dans un roman où le plus dur consisterait à se demander quelle réalité est la bonne, laquelle relève de la fiction.

Là, le talent de l’auteur m’a surprise. Au lieu de se contenter d’une version réaliste, Philip K Dick propose une troisième version de la guerre, différente de sa réalité, celle de son roman, mais également de la nôtre. J’ai admiré le travail réalisé pour l’occasion afin de proposer une autre version tout aussi crédible, si l’histoire avait pris tel ou tel détour.

Il m’est difficile de vous raconter l’histoire qui fait se croiser et se mêler un antiquaire, un responsable des relations commerciales japonaises, un ingénieur suédois, une prof de judo et un représentant de commerce italien.

Philip K Dick, lui, parvient à proposer une histoire au rythme en apparence lancinant, au style soigné et marqué de son époque, une sorte de jeu de stratégie où toutes les pièces du puzzle convergent.

Parfois, je dois avouer que j’ai été un peu déstabilisée notamment par le personnage de ranck Frink, ouvrier métallurgiste dont j’ai mis du temps à comprendre le rôle dans l’histoire. Il se révèle finalement être une sorte de lien entre tous les éléments, de la même façon que le livre d’Abendsen est un fil rouge entre tous les protagonistes.

J’ai commencé, il y a un moment, à regarder la série éponyme chez Amazon Prime. Je ne l’avais pas visionnée en entier et j’avais une légère crainte, au démarrage, de lire une adaptation trop fidèle. Pas d’affolement de ce côté-là. Si le point de départ est le même, les scénaristes des 4 saisons produites par Ridley Scott se sont très très largement « inspirés » de l’idée du livre. Ce sont donc deux œuvres totalement différentes. Elles n’en sont pas moins intéressantes toutes les deux, mais elles n’ont à voir que le point de départ.

Quant à la version audio, que j’ai choisie pour ma lecture, c’est une grande réussite. La voix de Bernard Gabay est posée, très prenante. Il a un timbre et un débit qui m’ont gardée captivée tout au long d’une lecture que je n’ai pas vue passer et qui m’a même valu de rester, quelques fois, collée à mon écoute sans y mettre fin.

Ce qui confirme que ce Maître du Haut-château est un roman qui m’a totalement convaincue, avec son écriture certes un peu datée mais très soignée et son intrigue parfaitement maîtrisée.

 

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