Nos âmes louves 1/2 de Juliette Pierce

by Gwen

Titre Nos âmes louves tome 1 / 2 Dans le noir

Auteur Juliette Pierce

Editeur Black ink Editions

Date de sortie 26 février 2021

Un titre à commander ici Nos âmes louves tome 1

 

Il y a quelques mois, une amie m’a dit que le risque, quand on commençait à lire du Black ink, c’est qu’on risquait fort de ne plus lire que du Black ink et de vouloir en lire tout le catalogue.

Je n’en suis pas encore là, mais force est de constater qu’après m’avoir séduite en romance, la maison d’éditions est en train de me convaincre à la fois par ses Audiobooks et en même temps par sa collection fantastique.

Dernier titre en date, Nos âmes louves de Juliette Pierce que je viens de découvrir en version audio.

Dans cette urban fantasy largement inspirée des contes Nordiques, nous allons découvrir la destinée de Freya Solberg, fille imparfaite mais ô combien particulière de Demelza et Bjorn, les alphas de la meute Midgard.

En effet, les tribus originelles comme les Midgard, les Asgard et autres Vanaheim sont composées de loups qui suivent des règles ancestrales. Le couple d’Alpha, secondé par ses bêtas, gère le flux d’énergie de toute la meute, protège, accueille et chasse avec ses loups. C’est là que les choses se compliquent pour Freya, une syk –c’est-à-dire un loup maudit par Odin- incapable de se transformer.

Pourtant sa louve est bien présente dans ses réactions, dans les instincts qu’elle déploie, dans l’aura qui s’enroule autour d’elle mais impossible de la faire apparaître comme pour ses congénères.

Cette différence est mal vue dans le monde lupin. Pas dans la meute des Midgard, fidèle à ses parents, mais dans le conseil du Nord ou parmi les autres meutes. Ainsi l’alpha des Asgard Joakim aimerait beaucoup faire disparaître cette engeance d’autant qu’elle est très proche de son troisième héritier, Caïn.

Bien que leurs liens semblent plus lâches puisque Freya est partie tout l’été avec sa meilleure amie Pixie, loin de son amoureux de longue date, il existe entre les deux jeunes gens une relation particulière, bien au-delà du premier flirt.

Le roman commence au retour de Freya. Un retour au bercail aux accents douloureux. Sa mère, Demelza, est morte, probablement du Fléau qui, depuis quelques années, décime les meutes les unes après les autres. Et si Freya veut se convaincre qu’elle s’est juste enfuie, il n’en demeure pas moins que la situation est grave, la meute fragilisée et les dangers toujours plus forts.

C’est ce que confirme Silje, la völva Midgard qui n’annonce rien de moins que le Ragnarök. C’est ce que hurle l’attaque contre la meute. C’est ce que susurre Lev, alpha des Nidhögg, une meute danoise qui débarque au beau milieu de la vie de Freya et y sème autant de trouble que d’énigmes.

J’ai été séduite par ce roman.

D’abord je suis très fan de culture nordique. J’en aime les épopées Vikings (que l’on peut oublier ici) mais je suis aussi friande de légendes même si j’ai beaucoup de lacunes à ce sujet. Dans ce roman, Juliette Pierce insère, en douceur et comme une composante logique de l’intrigue, des pans de légende, des bribes d’Edda poétique et de mythes réinterprétés dans un contexte très contemporain.

Ensuite j’ai beaucoup aimé découvrir les arcanes du pouvoir, les intrigues et les actes de loyauté qui entourent chaque meute. J’ai été très sensible à la fidélité de Magnus malgré la tournure des événements. J’ai été touchée par celle de Caïn, écartelé entre plusieurs obédiences.

De la même manière, le mystère qui entoure Demelza mais aussi des personnages comme Lev ou Silje ont malmené mes neurones perdus entre différentes options. Le suspens est bien mené, les indices semés avec assez de légèreté pour qu’on se prenne les révélations en pleine figure, au même rythme que Freya qui n’est guère épargnée entre tous les soucis qui l’assaillent.

Il y a aussi dans cette saga nordique un équilibre bien mené entre le réel et le surnaturel. Le simple fait d’une tribu qui se transforme en loup pose le décor, sans compter l’action particulière des völva, leur don de vision qui se rapproche de très près d’une malédiction, d’autant qu’elle les condamne à la solitude –si l’on excepte les dizaines de voix qui hurlent dans leur tête. Pour autant les loups veillent à rester les plus invisibles possibles aux yeux des simples humains. Ils y exercent des emplois du quotidien, certains au cœur du pouvoir, d’autres dans des fonctions plus invisibles.

Autre élément de réussite, le casting de ce roman. Je reviendrai après sur les trois protagonistes principaux mais j’ai beaucoup aimé ce roman choral. On entre au cœur de la meute, de ce clan où chacun dépend des émotions et des douleurs des autres. Il y a des moments très forts qui dépeignent la violence physique qu’inflige la blessure d’un des Midgard. Il y a aussi tous ces instants de solidarité qui donnent l’impression d’entrer au cœur d’une famille. Ce constat est particulièrement vrai en ce qui concerne les jeunes pousses. Si les loups ont une espérance de vie bien plus longue que la moyenne, il n’empêche que les jeunes représentent, comme partout ailleurs, l’avenir de la meute. On pourrait être tenté de les réduire à des rôles subalternes. La montée en puissance de Freya fait grandir avec elle ses amis d’enfance. Ils sont certes différents. Elle a été élevée pour diriger, ils se transforment depuis leur tendre enfance. Pourtant il y a une sorte de clan dans le clan, respectueuse des anciens et de la tradition mais déjà prêts à peser dans la destinée de la meute.

Au cœur de cette attention se trouve Freya. Attention, coup de cœur! J’aime la complexité de son personnage. C’est une jeune femme qui aime les plaisirs de son âge, les soirées en boîte, les soirées un peu trop arrosées, les weekends devant des séries ou des heures d’étude à la bibliothèque. Ce sont des signes de normalité bienvenus dans son quotidien. En effet, la disparition de sa mère, la situation de son père l’incitent à prendre le rôle pour lequel elle a été élevée. Mais comment être une alpha digne de ce nom lorsqu’on est incapable de se transformer, que la meute a déjà un héritier légitime en la figure de Magnus et que le conseil voit d’un très mauvais œil l’existence de Suks, ne parlons même pas de leur potentiel capacité à diriger des meutes?

En plus de cette charge dont elle s’empare à bras le corps, Freya cherche aussi à résoudre le mystère qui entoure la mort de sa mère ainsi que toutes les prédictions qui semblent promettre le pire et se cristallisent autour d’elle. Il y a de quoi perdre pied, être écrasée par la charge et le poids des auras de chacun.

Mais pour couronner le tout il y a aussi le cœur. Celui de Freya s’est toujours cru destiné à Caïn. Pourtant, que ce soit la cause de sa fuite de l’été ou l’arrivée d’un nouvel alpha en ville, ce roman est aussi celui de l’hésitation entre devoir et passion, entre le premier amour et le poids qu’il représente et les tentations de l’inconnu. On plonge aussi en plein quête de l’âme sœur, celle qu’on choisit ou celle qui s’impose. La notion de devoir et les décisions antérieures pèse aussi dans le présent. Je plains Freya d’avoir à mener un tel choix.

Dans un langage qui reflète sa jeunesse et son étonnante maturité, elle mène ce récit à une voix qui permet d’avoir son regard sur les deux hommes qui la convoitent et la troublent.

J’ai eu du mal à me faire une idée sur Caïn. Sincère? Ambitieux? Pétri du poids de l’habitude? Il m’a fallu attendre longtemps pour me faire une idée sur lui –que je ne partagerai pas bien sûr pour ne rien divulguer.

J’ai découvert Lev en même temps que Freya. Autant le dire tout de suite, Juliette Pierce a soigné son personnage. Le Danois est un condensé de mystère et de séduction, le côté rebelle tatoué en prime. J’ai aimé le sentir rassurant avec la jeune alpha tout en me demandant quelles étaient les limites de sa sincérité.

Enfin j’ai aimé ce roman pour les thèmes qu’il aborde. Celui de la filiation et de la transmission entre les générations, de la façon dont on peut ou nous céder sa place à la jeunesse. Mais c’est surtout le thème de la différence et de la difficulté à l’accepter qui m’a touchée. La position de Suk de Freya pourrait trouver d’autres noms, d’autres réalités, la question resterait celle d’accepter ou d’exclure, de s’enrichir des différences ou de trancher en les détruisant.

Le premier volet s’achève sur un rebondissement qui promet une deuxième partie au moins aussi intense, emplie de passions et de dangers dans cet univers superbement bien dépeint. Autant de raisons d’attendre avec impatience de retrouver Freya, Lev, Caïn et les autres, jusqu’à l’aube au moins.

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