Titre 8.2 secondes
Auteur Maxime Chattam
Editeur Albin Michel
Date de sortie 5 Novembre 2025
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Aussi surprenant que prenant, le dernier roman de Maxime Chattam m’a tenue suspendue bien plus de 8.2 secondes.
Le temps qu’il faut pour tomber amoureux. Le temps qu’il faut pour que la vie s’arrête.
Entre ces deux moments charnières de la vie, deux femmes, Constance et May, à deux croisements de la vie.
La première, fin de quarantaine, est une scénariste à succès. Mais, frappée par un drame personnel, elle se retire dans le chalet familial au cœur de la région des 5 lacs, avec son fidèle chien et une question cruciale, avancer ou abandonner.
De l’autre côté, May, petite trentaine, inspectrice au NYPD, un but dans la vie, protéger et servir, rendre les rues plus sûres et contribuer à la vie des anonymes qui l’entourent. Une vie que l’on pourrait qualifier de morne en dehors de son commissariat. Peu d’amis, pas d’amour, un nouveau coéquipier qui n’est pas des plus accueillants, la routine des morts inexpliquées. Jusqu’au jour où quelque chose dérègle la routine. Quelque chose comme la rencontre avec un -trop- séduisant inconnu dans le cadre d’une enquête de voisinage. Quelque chose comme la découverte d’un corps atrocement meurtri dans la chaufferie d’un immeuble. Pas de doute, il s’agit d’une nouvelle victime (la 9°) de celui que les médias ont baptisé le Grand Méchant Loup. Évidemment, on ne confie pas ce genre d’enquêtes au commissariat du quartier. Mais pour May, qui se sent prise d’une forme d’empathie pour la victime, c’est aussi l’occasion de sortir de son quotidien, de se rendre utile et, qui sait, de viser de nouveaux horizons.
Du côté de Constance en revanche, l’horizon est crépusculaire. Comment continuer lorsque sa vie semble vidée de son sens, de sa substance ? En écrivant. Pas pour la télé ou le cinéma. Pas pour briller ou briguer des récompenses. Non, écrire pour vivre, pour survivre plutôt. À ce stade du roman, j’avoue que j’ai ressenti beaucoup d’empathie, presque de connivence avec ce personnage, même si je ne traverse pas d’épreuves à sa mesure. Par contre, j’ai été très touchée, plus que je ne l’aurais pensé, par la façon de décrire ce besoin d’écrire, de vider son cœur, son cerveau, ses tripes, par pour réussir quelque chose de policé, mais pour faire sortir ce qui grouille sous la peau. Constance y puise un talent créatif capable de tout occulter, les heures, les préoccupations extérieures et même l’atmosphère mystérieuse qui entoure le chalet.
Parce que question ambiance … Je ne vous décrirai pas tout ce que l’auteur a pensé pour nous baigner dans un milieu inquiétant et poisseux d’angoisse. Rappelez-vous juste des histoires qu’on racontait pour se faire peur, surtout quand on est perdu au milieu de nulle part. Ajoutez-y le talent narratif de Maxime Chattam, des phénomènes inexpliqués et une rencontre avec le souvenir et les réflexions de drôles d’aïeux et vous obtiendrez l’un des ingrédients qui contribuent à l’atmosphère oppressante de cette face du roman.
Car l’une des forces de cette lecture -de cette écoute, pour ma part, sous la narration de Cachou Kirsch que je découvrais ici- et peut-être l’un des éléments qui pourra en déstabiliser certains, c’est cette dichotomie entre la vie, la trajectoire et le rythme de May et Constance. Chez la policière new-yorkaise, la vie bouge, grouille, crépite, de lieux de rêve jusqu’aux bas-fonds, de restaurants panoramiques en salle d’autopsie. May est dans l’action, dans la patience, aussi, lorsqu’elle cherche à collecter pistes et indices. Elle s’ouvre aux autres, va de l’avant, mue par un élan qui ne lui est pas familière.
Chez la scénariste, c’est tout le contraire. Refermée sur elle et sur sa douleur, elle ne laisse que peu de personnes pénétrer la forteresse que la douleur a construite autour d’elle. Elle se tient hors du monde, presque hors de sa vie, sur le seuil entre passé et présent -l’avenir est une donnée tellement incertaine. Et elle prend le temps. De s’interroger, de composer, de découvrir son passé, son héritage et de redécouvrir sa vie, avec la lucidité que peuvent offrir les coups d’arrêt, lorsque la vie nous oblige à marquer une pause et à nous interroger sur le chemin parcouru et les sentiers qui nous attendent encore.
J’ai ressenti ce roman comme une lecture presque intime, dans toute la partie qui concernait Constance. Quand la vie nous impose des épreuves, quelles qu’elles soient, quand elle nous rappelle que rien de ce que l’on tenait pour acquis n’est permanent, alors, il reste l’essentiel, soi et ses pensées les plus profondes.
J’avoue que, en lectrice régulière des romans de Maxime Chattam, j’ai été par moments déstabilisée. J’aime sa façon de piéger le lecteur. J’ai l’habitude de dire qu’avec cet auteur, je commence ma lecture -mon écoute- à mon rythme et que, lorsque le point de bascule me trouve, je ne suis plus capable de me poser avant le mot fin. Souvent, c’est dans un point particulier de l’enquête. Or, dans ce roman, l’enquête n’est finalement que l’un des axes de la narration. Il est presque éclipsé par les trajectoires des deux protagonistes. Cet aspect plus « simple », toutes proportions gardées, a perturbé certains autres lecteurs avec lesquels j’ai pu échanger. Pour ma part, il m’a au contraire conquise. Je commence à connaître le Maxime Chattam-Mr-Polar, celui capable de me donner des bouffées d’angoisse et de me scotcher d’horreur. J’ai, du temps d’autre monde, signé des deux mains pour son talent dans le domaine du fantastique ou de la dystopie.
J’ai trouvé ce roman plus « humain ». L’analyse des personnages est toujours soignée, dans les autres romans, mais j’ai ressenti cette fois une forme d’empathie, de compréhension qui, si elle m’a surprise au départ, a représenté, pour moi, au moment de ma vie où je le lis, un vrai plus.
Ne pensez pas pour autant que c’est une lecture convenue ou linéaire. Vous serez surpris souvent, bluffés également. J’ai eu mon lot de « non !!! » « c’est pas vrai? » et autres « mais non mais non mais non! ». J’avais pressenti certains rebondissements, je m’étais perdue dans quelques fausses pistes. Je n’ai rien vu venir à d’autres moments. Lesquels ? Si vous croyez que je vais en divulguer davantage, cela signifie qu’il y a trop longtemps qu’on ne s’est retrouvés ici.
Je vous laisserais juste sur mon excellente impression de cette première écoute complète de 2026 et sur ce que cette lecture m’a inspiré.
8.2 secondes pour tomber amoureux … 8.2 secondes pour mourir … et entre les deux, la façon dont on décide de passer toutes les autres.