The Gash d’Emily Jurius

Titre The Gash

Auteur Emily Jurius

Date de sortie 6 mars 2020

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Aujourd’hui, je vous présente une romance brûlante comme l’asphalte, électrique comme un solo de guitare, vrombissante comme un moteur lancé à toute puissance, le dernier né de la plume d’Emily Jurius, The Gash.

Une romance aux allures de roman d’été, mais qui découvre, par couches successives, des thématiques plus dramatiques qui m’ont remuée.

Céleste est parolière. Au coeur de la trentaine, elle est la mère de Milo et de Marcel, deux enfants que le sort a fait grandir bien trop vite, sur lesquels elle veille bien trop avidement, parce qu’ils comblent les vides d’une vie qui a explosé en plein vol un an plus tôt.

Depuis, tous trois se sont refermés sur un cocon de douleur et de survie si inextricable que personne, ni ami, ni famille, ne peut vraiment y rentrer. Jusqu’à ce que Céleste accepte de rompre le cercle, de quitter ses garçons, quelle que soit la quantité de larmes versées, pour plancher sur l’album d’un musicien au grand coeur, mais en panne d’inspiration.

Dès cette accroche, j’ai aimé Céleste. Elle représente la femme « normale », une mère au corps imparfait, avec ses doutes et ses peines, qui se trompe régulièrement, mais fait de son mieux pour tout concilier. Sa douleur, l’éducation de ses fils et la nécessité impérieuse de les laisser se détacher d’elle, quitte à en souffrir plus que tout.

Chez Fred, dans la campagne de l’arrière-pays marseillais, Céleste retrouve, paradoxalement, une famille, sans la sienne, avec le musicien, un ours parfois grande gueule mais au coeur chamallow, sa femme Laure, un sacré bout de femme, tantôt copine à l’oreille attentive, tantôt pitbull ingérable et leur fille Carla. Au sein de cette famille, qui l’accueille à bras ouverts, avec bienveillance et chaleur, elle retrouve plaisir à la vie et panse ses plaies.

En tous cas, elle pourrait le faire aisément sans l’élément sacrément perturbateur de ce roman. Béryl Lancel. Le frère de Laure. Une tête à claques d’un niveau rarement atteint. Sale caractère, provocateur, égoïste, cassant, blessant, j’ai dit sale caractère? Il est, de prime abord, un personnage plus simple à haïr qu’à aimer… et pourtant, dès le départ, l’auteure sait mettre en lui le petit quelque chose qui nuance tout.

Attention, elle ne le fait pas paraître moins crétin qu’il ne peut l’être. Elle ne lui trouve pas d’excuses toutes faites. Et pourtant, on pourrait en trouver aisément, dans son passé et les causes qui le font squatter chez sa soeur sans date de départ programmé. Mais non, on assume Béryl tel qu’il est.

Fracassé, abîmé, puéril dans ses manigances pour pourrir la vie de celle qu’il surnomme la Peste. Et pourtant, il est tout aussi facilement autre chose. Un être dont les fragilités et les terreurs se cachent sous sa muflerie assumée, comme la peau saine sous une croûte épaisse et repoussante aux yeux de la majorité.

Entre les deux écorchés vifs, qui camouflent leurs blessures sous le même caractère bien trempé commence alors une drôle de cohabitation. Elle est faite de passes d’armes saignantes, d’affrontements savoureux, mais aussi de temps de trêves aussi inattendus que touchants avant que, peu à peu, la haine ne se transforme en une sorte d’amour vache qui assure une romance rythmée, qui ne saurait être de tout repos.

Coeurs en guimauve, chocolats fondants et ballades romantiques au clair de lune, oubliez. Mais à la place, Emily Jurius nous offre une romance bien plus profonde que l’amourette d’été qu’on aurait pu attendre.

Parce qu’entre deux héros aussi écorchés, qui ont décidé une bonne fois pour toutes que leur coeur était verrouillé, oublié, inaccessible, il est presque impossible de penser autre chose que juste une parenthèse sensuelle sans conséquence. Parce que pour Bébé comme pour la peste, le passé a fait des victimes collatérales. Chacun à leur façon, et quoi que l’égoïsme assumé de Béryl laisse penser, ils ne sont pas seuls à s’embarquer dans une éventuelle aventure.

C’est l’un des éléments qui m’a le plus touché dans ce livre que j’ai dévoré jusqu’aux petites heures du jour. Lorsqu’on a vécu le pire, lorsque ses proches en ont vécu autant, peut-on s’autoriser à avancer, à se reconstruire, à envisager un après qui ne se résume pas à la survie?

Et si au premier abord, Béryl et Céleste semblent être deux reflets opposés d’un même après, si la situation du rescapé fait écho dans le vécu d’un autre des personnages d’une façon plus que troublante, il y a au contraire entre eux une forme de résonance qui fait la complexité et la beauté du lien improbable et instable qu’ils repoussent autant qu’il les poursuit.

Avant de finir cette chronique, je voudrais remercier Emily Jurius pour ce roman qui sort des sentiers battus, par le profil et la personnalité de ses héros et m’a agitée d’émotions fortes et emprisonnée jusqu’à la dernière page.

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