Indocile et sauvage d’Ella Lores

Titre Indocile et sauvage

Auteur Ella Lores

Éditeur Éditions Addictives

Date de sortie 7 mars 2020

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Bienvenue dans une romance originale qui sent le soleil et les immortelles, la myrte et la terre sèche, l’eucalyptus et la nature sauvage.

Pour sa deuxième romance aux Éditions Addictives, Ella Lores nous entraîne dans un univers aux mille senteurs et aux milles beautés, comme l’île où se déroule en grande partie l’intrigue de cet Indocile et sauvage, deux adjectifs parfaits pour dépeindre Jack Trani.

Effectivement, c’est en Corse que Rachel Parof, analyste financière rigoureuse et à la vie parfaitement organisée de l’entreprise Seillans, doit trouver la fleur rare. En fait, la fleur, elle l’a déjà, ce qu’il lui faut, c’est l’essence végétale nécessaire pour le nouveau parfum de ses patrons.

Oui, le roman se déroule dans le monde de la parfumerie. Ne soyez pas surpris de vous sentir aussi fréquemment transportés dans un univers olfactif si bien décrit qu’on s’y croirait.

Rachel doit donc aller en Corse. Plutôt loin de son bureau et des colonnes de chiffres qu’elle aligne consciencieusement, de sa vie de citadine parisienne plus branchée sur les expos au Grand Palais que sur les chemins de randonnées de la Balagne, très loin des rituels qu’elle aligne dans sa grisaille parisienne pour reconstruire sa confiance en elle après les blessures de son passé proche ou récent. Des parents pour le moins atypiques et pas franchement sympathiques, un environnement dysfonctionnel, un ex détestable, il lui en a fallu de l’aplomb et quelques séances de psy pour reforger sa carapace!

Elle est assez solide pour que ses patrons lui confient une mission de confiance. Trouver, in extremis, un nouveau fournisseur d’huiles essentielles pour sauver le lancement américain de leur nouvelle gamme. Quoi ? Ça vous paraît légèrement stressant ? Et encore vous n’avez pas tout vu. Entre un rival prêt à tout pour rafler la mise et ledit fournisseur, Rachel se retrouve aussitôt en terrain miné.

C’est que Jack Trani, personnage atypique et inaccessible au premier abord (un peu comme son île) ne se laisse pas facilement apprivoiser ou convaincre. Qu’importe que son amie d’enfance Lisandrina (joli clin d’oeil au précédent opus de l’auteure ou pour celles comme moi qui l’ont raté, appel impératif à le lire) joue les entremetteuses. Qu’importe que son frère Batti, pas insensible au charme de la belle continentale tente de le raisonner, Jack a une haute opinion de ses valeurs, de la qualité de son produit et il n’est prêt à brader ni les unes ni l’autre. Encore moins pour une fille de la ville, sophistiquée et froide, une teigne qui certainement, veut faire main basse sur son travail et l’âme de celui-ci.

Ce roman est savoureux par les préjugés qui opposent les deux personnages. L’auteur, qui décrit avec finesse et sensibilité la Corse et des paysages si enchanteurs qu’on rêverait de les arpenter, s’amuse des idées préconçues que certains se font des Corses et de leur tempérament, tandis que de son côté, Jack est plein d’idées préconçues sur les citadines dans le genre de la teigne.

Cette confrontation systématique entre deux tempéraments, deux modes de vie et deux univers offre à ce roman des joutes verbales savoureuses dont je me suis délectée.

Mais il y a plus que cette opposition de façade. Jack et Rachel, en dépit de leurs différences évidentes, cachent tous les deux des blessures qui les rapprochent bien plus qu’on ne le penserait de prime abord, leur offrent une sorte de terrain d’entente. Plus que ça même, les blessures qu’ils cachent sous leur façade hermétique crée entre les deux jeunes gens une forme d’interdépendance évidente.

Bien entendu, la tension sensuelle est omniprésente entre ces deux fortes têtes qui ne correspondent en rien aux canons de l’autre. Elle est renforcée par toute la tension qui les oppose et tous les points communs qui les réunissent malgré eux.

Mais il y a tant de non-dits d’abord, d’obstacles infranchissables ensuite, que chaque rapprochement a le goût doux-amer des instants volés et des délais gagnés sur l’évidence du sort.

En effet, quelle que soit la force de l’attirance, quels que soient même les points communs que l’on peut se trouver, presque malgré soi, il y a la vie, la vraie, celle où les liaisons à distance ont peu de chance de marcher, où la passion professionnelle prend une place primordiale, car on y a consacré une énergie folle. Celle où les différences ne sont pas toutes conciliables.

J’ai beaucoup aimé la délicatesse et la puissance avec laquelle l’auteure a rendu la force de ces sentiments et de ces doutes. C’est, à n’en pas douter, l’un des atouts de cette histoire, quelle que soit la frustration qui peut en résulter.

Mais par dessus tout, j’ai été ravie par la découverte de la plume d’Ella Lores. D’une écriture riche et fluide, elle a su dépeindre des lieux qu’elle connaît parfaitement, des sensations qui m’ont directement parlé et des sentiments qui m’ont tenue en haleine jusqu’à la dernière page.

C’est donc une virée en Corse et en sentiments à laquelle je ne peux que vous convier, avec pour guide une tête dure au coeur tendre, pour qui saura passer les barrières et une teigne au caractère bien plus trempé que ses apparentes faiblesses ne le laissaient supposer.

Avant qui sait, de franchir la mer pour s’enivrer des odeurs d’immortelles, des paysages sauvages et envoûtants et de plonger tête première dans une culture riche et puissante.

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