Recherche coloc: emmerdeurs, râleurs, lovers, … s’abstenir d’Emma Green

Titre Recherche coloc: Emmerdeurs, râleurs, lovers… s’abstenir!

Auteur Emma Green

Éditeur Éditions Addictives

Date de sortie 13 février 2020

Un titre à commander en suivant ce lien https://amzn.to/39FPWoc

Plonger dans un nouvel Emma Green, c’est embarquer dans une nouvelle aventure.

Cette détonnante colocation ne fait pas exception. D’abord par son format. Une sortie papier avant la sortie numérique ou comment me faire passer en mode guetteuse de livreur et battre le record de descente d’escaliers en talons pour récupérer le précieux!

Mais au-delà de ce détail technique,( et heureusement non filmé), j’ai retrouvé dans ce nouveau roman à la fois tous les ingrédients que j’aime chez les Emma et le petit quelque chose en plus qui en fait une nouvelle lecture à part.

Ada est une jeune Irlandaise de 24 ans que le destin a déracinée à Boston. Elle y a vécu avec une Wondertantine à peine plus âgée qu’elle, et tout aussi jeune dans sa tête. Ensemble, Ada et Ethel ont tissé un cocon protecteur contre tout et tous et bien malin qui pourra s’y glisser.

D’ailleurs, si Ada revient dans son Dublin natal, Ethel n’est jamais loin par la magie des réseaux. Pourtant, ce n’est pas une visite de courtoisie, loin de là. L’illustratrice de livres pour enfants, riche d’une imagination et d’une délicatesse hors pair, revient dans son appartement, surnommé Georgie, pour le remettre en état et le vendre afin de tirer un trait sur le passé. Plus de deux cents mètres carré d’architecture unique qui demandent beaucoup d’attentions et un sacré talent pour réparer les outrages du temps et des locataires successifs aux goûts plus aléatoires les uns que les autres.

Mais dans l’esprit d’Ada, les choses sont claires. Vite remettre en état, vite vendre, vite refermer toutes les portes, retraverser l’océan pour oublier les fils qui la rattachent aux souvenirs sombres.

Et pour réussir vite, et bien, cet exploit, il faut à Ada un architecte de talent. Du talent, Brody Gallagher n’en manque pas, c’est certain! Mais il est aussi tellement plus! Arrogant, beau gosse, agaçant, TRES beau gosse, affolant, TRES TRES beau gosse!

Bref un piège à petite culotte et à coeurs qu’Ada est bien décidée à repousser… Même quand il faut accepter le principe d’une colocation pour rentabiliser les travaux. Même quand une complicité se développe entre les deux écorchés (du moins quand ils ne cherchent pas à s’étriper). Même quand une sensualité électrique tisse entre les deux têtus une toile arachnéenne.

Vous pensez que la colocation va apaiser ce feu? (après tout, le titre du roman annonce une aventure chorale du plus bel effet).

Chaque arrivée est un petit bijou, des entretiens de recrutement aux petites annonces rectificatives en passant par le portrait des nouveaux habitants, tous plus pittoresques les uns que les autres. Le philosophe mélomane, l’amie des animaux migraineuse, la fan de romances et les autres pourraient être caricaturaux?

Ce serait mal connaître la délicatesse de plume de notre duo capable de nous faire passer du rire aux larmes en quelques lignes et qui insère chacun de ces personnages dans leur histoire avec une délicatesse d’orfèvre, … ou la finesse d’une ménagerie sur pattes incluant un chien au sens de l’orientation changeant, un lapin incontinent et perroquet répéteur d’insanités!

Car par-delà la colocation la plus déjantée d’Irlande, par-delà la romance la plus délicieusement frustrante et hautement inflammable de la Saint Valentin, il y a dans ce roman toute cette trame de petites félûres et de grandes souffrances, de celles qui fracassent un parcours de vie, laissent des séquelles plus ou moins visibles et brisent les ailes si on ne trouve pas une mouette pour montrer le chemin de la reconstruction.

Et j’avoue que cet aspect de l’histoire m’a énormément touchée et que j’ai plus d’une fois essuyé une larme, … avant de sourire au changement de rythme suivant, aussi désopilant et évident que l’est le premier rire après un drame.

Et cet appartement se fait renaissance. Dans ses travaux autant que dans son âme. Ada y retourne en gardant à l’esprit ce qui y était. Avec une sensibilité adorable, Brody opère la transition vers un nouvel envol. Et si parfois, on regarde en arrière, vers ce que l’on laisse, c’est cette base qui permet de bondir vers l’avant, de se jeter sans filet et de voler, enfin vers un avenir plus lumineux.

Vous l’aurez compris, j’ai, une nouvelle fois, été séduite par ce roman à quatre mains. Pour tout ce qui me fait fondre habituellement.

Une galerie de personnages hauts en couleurs mais pleins de fissures, des personnages déglingués mais qui trouvent un improbable équilibre; des tribus de sang et de coeur. Une romance brûlante jusque dans la tension qui précède la première fois.

Mais aussi pour tout ce qui en fait une lecture où les papillons virevoltent furieusement, où les yeux picotent (punaise, qu’est-ce qu’il y a comme poussière dans ces vieux appartements!), où les zygomatiques restent bloqués en position sourire, où les esprits s’envolent, plus libres, plus apaisés, vers un avenir que l’on pourra construire, plus solide des lézardes comblées, plus altruiste de sa propre reconstruction.

Je referme ce livre (après avoir, une nouvelle fois, oublié tous les détails triviaux comme la « vraie vie ») reboostée d’une bonne dose d’optimisme et des couleurs lumineuses plein les yeux. J’aurais aimé passer encore du temps à la colocation, supplier Brody de rénover une nouvelle chambre. Emmerdeuse, … presque pas, râleuse, … non, juste dotée d’une facilité à l’expression grognante, loveuse, … sans aucun doute. Par contre je suis prête à préparer l’annonce pour : lectrice acharnée, fan de foot, de caramel au beurre salé et de séries historiques écossaises (ben quoi, je suis sûre qu’aucun des colocataires ne remplit TOUS ces critères), à lire un des albums d’Ada, à goûter un des ragoûts irlandais de Dermot. Je rêverais de les retrouver dans cinq ou dix ans pour un coup d’oeil dans le rétroviseur et un vers l’avenir. Mais il est temps de quitter, sur la pointe des pieds, Georgie et ses mystères, pour repartir de l’avant, et à titre personnel, vers la prochaine pépite greenesque que j’attends déjà avec impatience !

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