La librairie des rêves suspendus d’Emily Blaine

Titre La librairie des rêves suspendus

Auteur Emily Blaine

Éditeur Harlequin (collection &H)

Date de sortie 5 juin 2019

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Un roman découvert grâce à NetGalley et à l’éditeur que je remercie.

Ouvrir un livre d’Emily Blaine, c’est l’assurance de plonger dans un moment de plaisir livresque.

Elle nous a donné l’habitude d’histoires très bien écrites, bien structurées, avec des personnages attachants et un dépaysement assuré. La librairie de Sarah ne fait pas exception.

Cette fois, pas d’Etats Unis mais une aventure qui s’étend entre Paris et la Charente, entre les paillettes du cinéma, les sunlights des boîtes de nuit et le calme reposant de la campagne, entre la poudre aux yeux du septième art et la simplicité d’une vie « de tous les jours ».

Reprenons du commencement. Maxime Maréchal est une étoile montante du cinéma. Il lui a permis d’échapper à son destin de provincial et d’exprimer son besoin de faire éclater les cadres. Sauf que, à force de dépasser les limites, la dernière barrière qui risque de se fermer, c’est la fin de sa carrière, voire la case prison.

Mais surtout, malgré tout ce qui entoure Maxime, malgré le luxe, le clinquant et les relations bling bling, il est enfermé dans sa solitude, son désenchantement et sa violence. Il se montre même carrément odieux avec ceux qui tentent de lui venir en aide et je me suis demandée pourquoi ses derniers amis, notamment Damien, l’ami d’enfance, continuaient à s’acharner. Pire, j’ai ressenti une pointe d’inquiétude face au défi à relever par Miss Blaine : me faire aimer ce Mr Connard. Parce que disons le tout net, la barbe de trois jours et le tatouage de ronces et d’épines, ça ne fait pas tout (mais ça y contribue, ne nous le cachons pas).

Mais pour qu’il y ait une belle romance, il faut qu’il y ait deux protagonistes -au moins- et ici; l’héroïne est totalement à la hauteur. Sarah est une jeune femme un peu décalée, mais terriblement attachante. Elle vit dans son univers, les livres (tiens tiens, ça va parler à certaines), les collectionne, avec une fièvre acheteuse violente pour le compte en banque, les collecte, les chouchoute et les met en valeur avec une dévotion très touchante.

J’avoue que j’aurais beaucoup aimé (mon banquier sans doute moins) avoir une telle librairie près de chez moi. Librairie, lieu de vie, de convivialité, où l’on peut boire un café en découvrant une lecture, participer à un club lecture, acheter un livre surprise et laisser faire le hasard.

Bref, une librairie de rêve pour les lecteurs, nettement moins pour les banquiers, notamment celui de Sarah qui a bien du mal à joindre les deux bouts, à plus forte raison lorsque les lieux, d’origine, y mettent du leur pour lui pourrir la vie.

Dans ce contexte, tout le monde trouve son compte à une improbable cohabitation de deux mois.

Vous voyez où Emily Blaine veut en venir? Oui bien sûr, quoique.

J’ai aimé me laisser surprendre par Maxime qui se révèle à chaque fois qu’il entrouvre la cuirasse. L’homme garde une colère et semble avoir perdu sa route. Et si cet exil était sa chance de retrouver l’essentiel?

J’ai été touchée par le personnage tout en contrastes de Sarah qui, si elle s’autorise parfois une heure de larmes, reste une battante prête à tout pour sauver son rêve et ses racines. C’est une femme bien plus à son aise entre les piles improbables de livres qu’avec les hommes, qui rêve sa vie plutôt que de la vivre. Une femme qui peut paraître timide et influençable, sauf … sauf quand elle sort le coeur et les griffes, à n’importe quel prix, pour défendre ce à quoi elle tient.

J’ai beaucoup aimé le secret de Maxime (chut, bien sûr je ne vous en dirai rien) et tout ce qu’il implique. Il m’a vraiment émue et j’ai aimé la façon dont l’auteure l’a exploité.

Quant aux personnages secondaires, Frédéric le fleuriste, Anita et sa très belle humeur, Baptiste le restaurateur dont j’aimerais goûter la souris d’agneau confite et surtout Damien le vigneron, confident, garde-fou, ou Mathilde l’attachée de presse, ils ont tous une très jolie place dans le récit, et participent à l’équilibre de cette histoire dans laquelle je me suis plongée pour ne plus remonter à la surface avant le dernier chapitre.

Enfin j’ai aussi aimé ce nouveau roman d’Emily Blaine pour ce qui ne relevait pas de l’évidence. Les opposés s’attirent, c’est l’un des meilleurs ressorts de la romance. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Sarah et Maxime sont totalement opposés, au point que leurs différences fusionnent dans une harmonie puissante. mais est-ce suffisant?

L’amour autorise-t-il la réunion de deux êtres si différents sous forme de grand écart? Pire, a-t-on le droit d’attendre de l’autre qu’il renonce à une passion ou à une partie de ce qui fait son essence même? À l’inverse, doit-on passer à côté de l’Amour par respect de ces différences?

Ce qu’Alfred de Musset résumait ainsi dans Perdican

 » [… ]mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ;mais j’ai aimé. « 

Et la somme entre les craintes bien légitimes, les barrières réelles ou dressées par nos peurs, la passion et les sentiments profonds contribuent forcément à cette union sublime.

Une somme qu’Emily Blaine a parfaitement rendu dans ce nouveau délice à rêves suspendus et à coeurs en suspension.

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