Mister Lawyer de Joh Harper

Titre Mister Lawyer

Auteur Joh Harper

Éditeur Éditions Addictives

Date de sortie 22 mai 2019

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Lors du dernier Festival du Roman Féminin, une lectrice, lors de la conférence de présentation des Éditions Addictives, à laquelle j’assistais avec une drôle de bande de filles adorables mais déjantées, faisait remarquer que pour elle, les Éditions Addictives rimaient forcément avec des romances légères, sans prises de tête, un peu « gentillettes ».

Au moment de cette remarque, j’avais en tête dix titres au moins comme contre-exemple à cette idée. Dans le catalogue des EA, on trouve, bien sûr, des titres légers, qui donnent le sourire et la patate pour quelques heures, mais pas que. Cette vérité se confirme de plus en plus au fur et à mesure de mes lectures.

La romance est souvent l’occasion d’aborder d’autres thèmes, parfois lourds et dramatiques. Justement, ce Mister Lawyer, de Joh Harper répond parfaitement à cette ligne éditoriale.

Attention, ce n’est pas ce que l’on appelle de la dark romance non plus. Mais dans cette histoire parfois oppressante, et d’autres bien plus lumineuse, l’auteur pose -et de très belle façon- les bases de thèmes profonds et lourds qui vont au-delà de la simple lecture détente.

Posons la base. Anaïs, Elijah, Thomas, Vincent et Anthony sont les Indomptables. Cinq amis, inséparables, dans les études et les loisirs, cinq doigts d’une main tendue vers l’avenir, du moins jusqu’à ce que …

Des cinq, il ne reste que deux, Anaïs et Eli, et trois ans d’éloignement progressif jusqu’au silence. Confrontés à la solitude, au poids de la responsabilité et de la culpabilité, au silence aussi, chacun a choisi sa route avec ses armes et ses failles. Au premier abord, chacun s’en est plutôt bien sorti.

Anaïs est la patronne d’un club de strip-tease, elle est mariée à un brillant politicien. Elle trompe la mort de différentes façons, notamment au volant d’un bolide qui lui procure des sensations intenses et l’oubli temporaire de tout le reste. Quant à Elijah, il a poursuivi dans la voie du droit -qui était celle de toute la bande. Il entame une carrière prometteuse, est accompagné dans la vie de Noémie, une jolie fille de bonne famille.

Chacun de son côté, ignorant tout de ce qu’est devenu l’autre, imaginant une vie bien plus belle en solo, Anaïs et Eli ne devaient jamais se revoir, jamais confronter leur chagrin et leur colère. Sauf que bien sûr, Joh Harper en a décidé autrement -heureusement pour l’intrigue me direz-vous!

Les retrouvailles sont explosives, glaciales, meurtrières. Loin d’apaiser la douleur et les reproches respectifs, le temps a creusé un fossé si grand entre les deux anciens inséparables que rien ne semble pouvoir les rapprocher. Bien au contraire. Chaque occasion de se retrouver est un moment de tension forte.

Pourtant, dans une avancée subtile, l’auteure, en utilisant alternativement le point de vue des deux héros, rappelle tous les vieux réflexes qui ne demandent qu’à refaire surface pour rappeler à chacun ce que l’autre représente dans sa vie. Ils confirment surtout que le passé n’est pas toujours destiné à être enterré, même quand il fait mal.

Surtout, les retrouvailles des deux anciens meilleurs amis met en lumière tout ce que leur vie a, au moins, d’imparfaite. Non pas qu’ils aient beaucoup d’illusions. Pour Anaïs, l’évidence saute rapidement aux yeux et son histoire ne peut bien sûr laisser indifférente. Mais Eli n’est finalement pas mieux loti. Il pense tout contrôler, parce que c’est le moyen le plus sûr pour ne pas souffrir et pour se punir, aussi, d’avoir survécu et d’avoir délaissé Anaïs.

Est-il possible d’oublier le passé? Pourrait-on se demander parfois au début de ce roman. Mais en fait, le questionnement est un peu différent. Impossible d’oublier un passé, surtout traumatique, à plus forte raison quand on le partage avec l’objet de son désir et de ses sentiments.

Alors quoi? S’interdire de se retrouver parce que le passé ne reviendra pas? Ou au contraire parce qu’on s’interdit d’y retrouver les moments de bonheur? S’autoriser à refaire connaissance, forger un nouvel avenir sur les ruines d’un passé dévasté et les gravats d’un présent à détruire?

Ce roman oscille longuement autour de ces interrogations, ce qui donne parfois une impression de lenteur. Elle a pu déplaire. Je l’ai trouvée, au contraire, nécessaire, surtout dans l’esprit d’Anaïs. En effet, Eli, dès l’instant où il la retrouve, si semblable et si différente, est sûr de son fait. Il veut l’aimer, la protéger, même d’elle-même, la reconquérir, la rendre heureuse par tous les moyens qui existent ou ceux qu’il inventera, peu importe le prix à payer.

Mais c’est dans son esprit à elle que le retour est le plus dur. Elle lui en veut de sa trahison. Elle lui en veut de lui donner une raison de croire en un futur meilleur. Elle lui en veut de contrecarrer ses plans et de si bien lire en elle. Elle lui en veut de lui donner un espoir et donc quelque chose à perdre.

Elle lui en veut… mais elle le veut tout autant, presque malgré elle, dès lors qu’elle accepte qu’il soit une partie d’elle-même, le complément nécessaire pour combler les vides, apaiser les peurs et soutenir les rêves les plus téméraires.

Il est difficile d’aller plus avant dans les confidences sans largement dévoiler l’intrigue. Sachez juste que ce roman m’a émue par les problématiques douloureuses qu’il aborde. Mais qu’il est aussi une très très belle histoire d’amour qui n’a rien d’évidente ni de jouée d’avance.

J’ai beaucoup aimé les face à face entre Eli et Anaïs. Ils sont un mélange de pudeur et de véritable abandon, de défi et de soutien. Le caractère complexe de l’héroïne, forte de ses failles, n’y est pas pour rien, tout autant que la ténacité de son alter-ego.

Mais je me suis surtout laissée embarquer par les différents niveaux de l’histoire. Une histoire d’amour belle et forte mais si fragile que jusqu’à la fin, on tremble devant tous les obstacles qui peuvent réduire à néant les chances de bonheur des rescapés. Mais cette romance, pourtant centrale, passe parfois au second plan derrière les thèmes plus bouleversants qu’elle aborde et qui, malheureusement, parlent à beaucoup.

C’est donc un roman que j’ai lu en passant par tout un panel de sentiments, allant du franc sourire à la douleur profonde, de la sensualité au défi, en passant par la peur, poisseuse, oppressante, de celles qui peuvent anéantir une vie ou l’élever, lorsqu’on parvient à la dépasser, vers des sommets de bonheur.
Un roman que je recommande à toutes les amoureuses de romance, mais aussi à celles qui recherchent un petit truc en plus.

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