Les Françaises dans la guerre et l’occupation de Michèle Cointet

Titre les Françaises dans la guerre et l’occupation

Auteur Michèle Cointet

Editeur Fayard Histoire

Date de sortie 19 septembre 2018

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Un titre découvert grâce au réseau NetGalley France

Il peut sembler complexe de chroniquer un essai. Tout autant qu’est complexe la tâche que s’est fixée Michèle Cointet: dresser un panorama des femmes dans la période sombre de l’Occupation et de la guerre. Femmes de Vichy, femmes de Londres, femmes de lumières ou femmes de l’ombre, bourgeoises, catholiques, juives ou protestantes, communistes, femmes des camps enfin, le passage en revue est exhaustif et passionnant.

Ce travail englobe de très nombreuses figures féminines: épouses de dignitaires , en commençant par la Maréchale ou son contrepoint Yvonne de Gaulle, femmes collaborationnistes capables de faire tomber un réseau ou presque, grands noms de la littérature qui se pensaient protégées par leur notoriété, femmes résistantes. Figures célèbres dans l’histoire ou semi-anonymes, toutes ont dû faire face à une situation et s’y adapter.

Si certains dirigeants de Vichy, à l’image d’un Laval, menaient une vie de famille très riche et harmonieuse, la femme est, de façon générale, peu considérée dans la hiérarchie vichyssoise.

Certaines y proposent pourtant leur aide, par conviction politique, par souci qui se veut patriotique ou pour suivre une opportunité voire un amant.

L’un des points importants de ce livre, c’est sa capacité à présenter habilement des personnages de femmes pour mêler l’Histoire et les histoires personnelles. Ainsi par exemple, le destin tragique d’Irène Nemirovsky permet de mettre en lumière cette tendance autodestructrice qui consistait, pour des Juifs étrangers ayant la capacité de fuir et de se mettre à l’abri, à vivre dans une ignorance volontaire et presque méprisante en pensant que les lois antisémites respecteraient des castes sociales. Elle meurt en 1942 mais son livre Suite Française, témoin impliqué autant que distancié de la période, ne paraît que dans les années 2000, ce qui rend le témoignage peut-être plus crédible que les témoignages remaniés de l’immédiat après-guerre.

D’autres femmes sont moins célèbres, même si un temps de réflexion est réservé aux artistes de l’Occupation et à la différence entre nécessité pécuniaire et volonté propagandaire, sans compter le silence presque indifférent de certains auteurs que l’on considère aisément comme des références de notre siècle, moins concernés par leur conscience que par leur réussite ou leur bien-être.

Et du côté de la Résistance, à laquelle est consacrée la deuxième partie de l’ouvrage? On n’est pas forcément plus enclin à prendre en compte la place des femmes. Question d’époque sans doute. Question idéologique, aussi. Verrait-on la femme d’un authentique héros de guerre lui refuser son soutien au moment ultime de l’engagement?

Mais il existe un autre problème que l’auteure met en avant. Il existe assez peu de traces directes laissées par la femme du héros, ce qui laisse la place à des suppositions ou des recoupements plus qu’à des absolues certitudes.

Restée sur l’image d’Epinal des Rochambelles ou des figures de la résistance les plus connues, j’avais sans doute sous-estimer le préjugé de cette première moitié de siècle qui cantonne les femmes à des rôles subalternes, éloignés du danger du combat, quitte à utiliser des prétextes oiseux et à nier les réalités. Là encore, derrière la victoire légitime du droit de vote, on ne doit pas oublier que les femmes engagées dans l’armée n’ont pas du tout connu la reconnaissance qu’elles étaient en droit d’attendre au lendemain de la victoire.

Des femmes engagées dans la Résistance, on s’intéresse beaucoup aux « petites mains » qui par leur action discrète et nécessaire ont su trouver la place indispensable qu’on voulait bien leur laisser. On trouve peu de chefes dans la résistance, même si une belle place est consacrée à Berty Albrecht et à Marie-Madeleine Fourcade.

Un dernier temps, et non des moindres, est enfin consacré aux femmes de la déportation, à leur vie dans les camps, en particulier le sinistre Ravensbrück, mais aussi au retour à la nécessité de témoigner ou à l’obligation de se taire.

Au final, c’est un ouvrage complet et prenant que j’ai découvert dans cette lecture, prenant soin de s’intéresser à toutes les femmes de cette guerre, enfermées dans le poids du passé mais portant sur les épaules, de gré ou de force, les ruines d’un ancien monde et les fondements du nouveau.

Avant de refermer cette chronique, je voudrais remercier Michèle Cointet pour m’avoir rendu le goût des essais historiques, les éditions Fayard Histoire pour la mise à sa disposition de cet ouvrage et NetGalley France pour la passerelle jetée entre tous.

 

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