Le supplément d’âme de Matthieu Biasotto

Titre Le supplément d’âme

Auteur Matthieu Biasotto

Editeur Bragelonne

Date de sortie 16 Août 2018

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Un titre découvert grâce à Net Galley France

Le supplément d’âme est ma première rencontre avec Matthieu Biasotto.

La couverture de ce roman a attiré mon oeil, et le résumé m’a donné envie d’en savoir plus.

C’est ainsi que je me suis retrouvée à suivre le récit à multi-temporalité de Thomas Garnier, l’homme qui, sur le papier, a tout pour lui, mais que je n’aimerais vraiment pas pour ami ou pour amour.

Et c’est l’un des tours de force de ce roman: mettre en scène un personnage qui n’a rien d’aimable.

Thomas est un père peu investi, un mari peu fidèle, un patron peu tolérant et surtout un motard peu en vie. Oui oui, vous avez bien lu!

Le roman commence lorsque Thomas et sa moto se retrouvent au sol, sous les roues de la voiture de Roxanne, une femme sans histoire, sauf celle qu’elle mène dans son combat quotidien contre un ennemi insidieux.

Le corps hors course, le cerveau hors jeu ou presque, que reste-t-il à Thomas? Le supplément d’âme. Celui qui est à la croisée des chemins. Là où l’âme oscille entre oubli et rédemption.

Alors commence une sorte de quête initiatique. Mais pas n’importe laquelle. Thomas, ignorant de son passé tout autant que des causes de son aventure intérieure, part à la recherche d’un inconnu presque familier. Lui-même.

Et dans cette recherche d’un passé qui se dévoile peu à peu, il est accompagné d’un drôle de double, tour à tour crispant des secrets qu’il garde et tout aussi énervant de ceux qu’il laisse filtrer avec parcimonie et qui fragilisent un peu plus le fragile édifice qu’est sa vie.

En alternant un regard distancié sur le passé, plus ou moins proche, et un récit subjectif du point de vue de Thomas, spectateur de cette vie qui s’échappe et dont on peut se demander s’il l’aimait vraiment, l’auteur nous fait basculer à tour de rôle dedans et dehors. D’un passé décevant et peu reluisant à un présent suspendu où l’homme face à lui-même peut évoquer la compassion.

Le talent narratif de l’auteur, sa façon de distiller les éléments, au compte goutte, ne sont pas pour rien dans l’attrait que ce roman a exercé sur moi.

Je l’ai dit, Thomas n’est pas un personnage qu’on a envie d’aimer. Pourtant, aux portes de la mort, il devient plus vivant, plus sensible à la vie. Et la sensation du gâchis, pour lu et pour les autres, m’a crispée. D’autant qu’il n’y a pas d’angélisme dans le regard que l’auteur porte sur lui. Confronté à ses fautes, il est encore capable de réagir avec une rare mauvaise foi qui m’a sidérée. La preuve qu’il n’y a pas que des anges de l’autre côté.

Chaque pan de sa vie qu’il découvre le rend plus méprisable à nos yeux, mais aussi aux siens. Et puis, en cours de lecture, une autre sensation m’est venue.

Le regard moralisateur que l’on peut porter envers les failles de Thomas est -presque- confortable. Rassurant. Parce que finalement, on peut se dire qu’on ne fait pas aussi mal. Pas forcément mieux, ne versons pas non plus dans l’autosatisfaction. Mais au moins pas plus mal.

Sauf que derrière cette pensée rassurante, une autre perce à un moment donné, comme un léger malaise. Plus qu’un homme foncièrement mauvais, Thomas est le reflet des choix qu’il a fait ou de ceux qu’on lui a imposés, des priorités qu’il s’est fixées et des renoncements qu’il a acceptés.

Et là, la lecture est devenue nettement moins confortable pour moi. Parce que ce Thomas qui, aux portes de la fin, fait la somme de ses réussites et de ses manquements c’est un peu chacun d’entre nous à l’heure du bilan.

J’ai refermé ce livre en me demandant ce que mon TK personnel me montrerait des pages de ma vie, des choix qui m’ont amenée là où je suis. Un questionnement que je n’attendais pas en ouvrant ce roman. Mais une raison supplémentaire de l’apprécier.

 

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