Perfect boss bonus#3 retrouvailles

Et parce que vous êtes gâtées, … et que vous le méritez bien, voici le deuxième bonus:

Les retrouvailles. Où comment Stephen a vécu un moment autant attendu que redouté.

J’espère que vous aimerez

Bisous

Gwen

Retrouvailles

—Prêt au grand saut ?

Je me tourne vers mon ami, mon associé, mon partenaire. Comme moi, il prend quelques instants pour admirer le bâtiment ultra-moderne qui abrite les locaux de Team channel.

Tom a raison. On a eu l’habitude de relever de nombreux défis, mais là, on est un cran au-dessus. On reprend une chaîne prometteuse, mais un petit poucet face aux grandes majors. Dans onze mois, les Jeux Olympiques d’été battront leur plein et on nous a confié la mission de figurer parmi les premières chaînes de sport.

On n’a jamais fait aussi gros, aussi risqué, aussi stimulant.

Depuis des semaines, depuis qu’on est venus nous confier cette mission, on y travaille comme des fous. Je m’occupe de toute la partie stratégique, Tom des prises de contact, du relationnel. Pour le moment, j’avance dans l’ombre. C’est ce que je préfère. Je n’ai pas de goût particulier pour me mettre en avant.

Mais il y a un autre challenge dans cette nouvelle aventure. Un mètre soixante-et-onze de pure énergie, vingt-six ans d’entêtement, une égratignure qui reste à vif depuis sept ans. Pas seulement pour ma fierté. Une pointe de quelque chose qui ressemble à du regret mêlé à une bonne dose de déception.

J’ai cru que, … je me suis visiblement trompé.

Pourtant, je ne l’ai pas perdue de vue. De loin. Dans ses moments les plus hauts, mais aussi au plus bas. Sans jamais me montrer. Et dans quelques minutes, je me trouverai face à elle.

Cette perspective m’agite de sensations contradictoires.

Je plaque sur mon visage le sourire de circonstance, celui qui donne l’impression que tout est sous contrôle. Tom parle d’inaccessible proximité. Encore l’une de ses formules toutes faites !

Il a raison. C’est un sourire tout ce qu’il y a de plus avenant. Pas le sourire ultra-commercial de mon meilleur ami. Celui-là, je ne le maîtrise pas. Mais celui qui donne l’impression à tout un chacun que je suis disponible. C’est le cas. Accessible ? Si je le décide, seulement.

Je suis un peu agacé par tous ceux qui nous arrêtent dès que nous franchissons les portes de la chaîne.

Je suis toujours ponctuel, et là, les minutes de retard s’accumulent. Je n’aime pas cette première prise de contact.

—Relax, Steph. Si nos équipes nous interpellent ici, c’est qu’elles ne sont pas encore en salle de réunion non plus… Eh là, on a connu des demiS de mêlée plus doux, ricane Tom qui vient de heurter de plein fouet un missile qui a fusé dans le couloir, monté sur des talons vertigineux.

Caché derrière mon ami, je ne vois pas qui il a failli amocher de la sorte. Pas sûr qu’une frêle femme se heurtant à Tom en sorte indemne. Et pas que physiquement, d’ailleurs. Comme au temps de notre folle jeunesse, Tom est un aimant à jolies filles. Il l’était avant son mariage, l’alliance à son doigt, que, je crois, il ne porte plus d’ailleurs, n’a pas changé cet état de fait ; la séparation encore moins.

Elles lui tombent toutes dans les bras, parfois de façon saugrenue. La nouvelle arrivée est-elle dans ce cas ? On a déjà vu pire comme manœuvre d’approche. Pourtant il s’inquiète d’avoir blessé la maladroite.

Il s’en est fallu de peu. Votre costume, il a un revêtement en Kevlar ?

La foudre tombe à mes pieds. Je connais cette voix. Je me fais violence pour ne pas me hisser sur la pointe des pieds et l’apercevoir dans la seconde.

Elle est là. Evidemment, je le savais. Depuis qu’on a accepté la proposition. Même avant pour dire la vérité.

Lorsqu’on a reçu le projet, son nom m’a sauté aux yeux instantanément. Tom m’a demandé de peser le pour et le contre. D’un côté, ce projet, qui m’emballe comme jamais. D’un autre côté, la nécessité de travailler avec Elle.

Le challenge a dépassé le reste. Je suis de taille à gérer le passé. Mais pas s’il me tombe dessus dès les premières minutes.

Je perds le fil de la discussion, jusqu’à entendre mon nom, dans la bouche de Tom.

J’esquisse un sourire blasé. Salaud ! Il m’a piégé. C’est tout lui, ça. Me mettre de suite face à l’obstacle pour que je le prenne à bras le corps.

J’inspire profondément pendant que mon ami se décale.

J’ai un avantage sur Carla. J’ai vu son image, souvent, au cours de ces dernières semaines. J’ai visionné des heures de programme, d’elle comme de toute la rédaction, pour savoir à quoi m’attendre et commencer à mettre en place les stratégies les plus efficaces.

Ai-je passé plus de temps à regarder le travail de Carla ?

Joker !

En tous cas, elle est très belle. Plus mûre que dans mes souvenirs. En dépit de ses heures d’entrainement, elle a toujours été plutôt féminine. Mais ce n’était rien par rapport à ce qu’elle est devenue.

Je m’efforce de ne pas diriger mon regard vers ses interminables jambes pour y déceler une cicatrice. Je fais aussi abstraction de son décolleté et ses formes délectables. Pas la peine qu’elle me prenne pour un pervers. Je me concentre plutôt sur son visage.

Malgré ma préparation, j’ai du mal à rester stoïque face à son regard.

Je ne sais pas ce que j’attendais précisément de sa part, mais certainement pas les poignards qu’elle m’envoie avec détermination.

Parmi tout ce que j’ai envisagé, j’avoue que cette situation n’est pas celle que j’ai le plus envisagée. Quoi ! Après la façon dont elle m’a reniée, Carla semble en colère après moi ? C’est une blague !

Toute velléité d’aplanir les difficultés dès le premier jour s’évanouit instantanément.

Je ne décoche à Carla qu’un bref hochement de tête. Elle y répond de la même façon.

Son regard est toujours aussi expressif. Il ne dissimule pas un instant toute l’aversion que je lui inspire.

Moi qui rêvais d’une transition en douceur, je viens de rencontrer, de plein fouet, le premier nœud de résistance.

Un mètre soixante-et-onze de pure rancune, vingt-six ans d’entêtement, une foule d’emmerdements à prévoir.

 

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