Noël toi et moi le bonus! une surprise pour Noël

Avant de lire, …

Lorsque j’ai écrit Noël toi et moi, j’avais en tête quelques Noël très précis que je voulais faire vivre à Héloïse et Alexandre, mais qui ne rentraient pas dans le schéma.

J’en ai parlé aux Editions Addictives qui m’ont, avec la gentillesse qu’elles ont à mon égard, depuis le début de cette aventure, prêté leur concours pour vous offrir ce petit bout de bonheur en plus.

Vous pouvez le retrouver sur le site es Editions Addictives lien direct pour le mettre sur vos liseuses ou ici, avec quelques illustrations.

 

Alexandre

Vingt-trois décembre au matin, quelque part dans le nord de l’Écosse

 

Le jour se lève dans la chambre douillette que j’ai réservée pour Héloïse et moi.

Ce n’est pas un jour comme les autres. Demain, nous fêterons Noël en famille.

Le troisième pour Héloïse et moi.

Le deuxième en famille – enfin ma famille. Car du côté d’Héloïse, seul son père continue de nous donner des nouvelles, professionnelles bien sûr, mais pas seulement. Mais elle va bien, et même plus que ça. Entre nous tout va bien, dans le travail, dans ma famille. C’est aussi pour ça que nous serons tous réunis demain pour ce Noël exceptionnel.

Le premier en Écosse, même pour mes grands-parents qui n’auraient raté ça pour rien au monde.

Noël… à six mois tout ronds du jour J, le jour de notre mariage.

Et je veux que tout soit grandiose.

J’ai convaincu ma Rebelle de prendre une semaine complète de vacances en amoureux. Elle a failli en faire une attaque, mais elle a craqué. Vu la destination, je savais qu’elle ne pourrait refuser.

C’est comme ça que nous nous réveillons, ce matin, de retour de l’île de Skye. Je n’aurais pas pu programmer un meilleur timing. Lorsque j’ai ouvert un œil, j’ai vu le sol paré d’une belle couche blanche. Il a neigé pendant la nuit. Le château d’Eilean Donan va être encore plus féérique et cette idée me fait jubiler… Le lieu idéal pour une demande.

Une demande ? Oui, parce que, dans mon projet parfait de mariage, il y a un petit accroc.

Du style d’accroc qui me donne envie de me transformer en autruche, la tête dans le sable. Dans le cas présent, je me contenterai de rester roulé en boule sous la couette. Je laisserais Héloïse prendre soin de moi. Elle a cette capacité à tout apaiser rien qu’en posant ses mains sur moi. Je mettrais ma tête sur ses cuisses, elle masserait du bout de ses ongles mon cuir chevelu et je suis certain que tout souci disparaitrait. Tout, même la pointe de stress qui me tord l’estomac.

Je retiens de justesse un gémissement d’envie à cette idée. Je pourrais prétendre que je suis grippé. En cherchant bien, j’ai la gorge qui gratte un peu après tout…

Mais je me secoue.

Ce n’est pas le plan du jour. Pas du tout, même ! Car aujourd’hui, je dois résoudre l’accroc à mon mariage parfait. Aujourd’hui, à six mois jour pour jour de mon mariage, il me reste un tout petit détail à régler… Demander à Héloïse de m’épouser.

Oui, je sais, ça peut paraître étrange d’avoir ainsi tout organisé pour nos noces en oubliant juste de demander à la principale intéressée. Mais les choses se sont étrangement combinées.

J’ai repéré un endroit, après y avoir organisé une réception pour la société. Et j’ai eu le coup de foudre ! Une vieille bastide en pierre ocre, un grand jardin ombragé, organisé autour d’une fontaine de pierre, une vue imprenable sur la mer… Je sais qu’Héloïse a été sous le charme. Pour ma part, j’ai su instantanément que ce serait L’Endroit.

Je me suis renseigné sur les délais pour y organiser un mariage. Comme ça, juste pour savoir. Rien n’était disponible avant deux ans, ce qui me laissait un temps très raisonnable pour faire les choses dans l’ordre. Quoique… attendre deux ans encore pour faire de ma Rebelle ma femme aux yeux de la loi…

Mais soudain, le sort s’en est mêlé. Un coup de fil annonçant l’annulation d’un mariage, le 23 juin prochain, alors que je discutais avec Bernard, le responsable du planning. Lorsqu’il a raccroché, il a plaisanté.

— Bon, je vais lancer les appels sur ma liste d’attente, à moins que la date ne vous tente ?

Allez savoir ce qui m’est passé par la tête, j’ai sauté sur l’occasion, persuadé que j’allais annoncer ça tranquillement à Héloïse… sauf qu’elle a dû partir précipitamment à Milan pour régler une négociation que notre équipe sur place avait foirée. Puis Mattéo, mon filleul, a eu son accident de VTT et nous avons tous tremblé, puis, puis, puis… Puis j’ai surtout réalisé que je voulais faire de ma demande un moment unique, comme le point de départ de ces six mois de rêve. Selon Valentin, c’est surtout pour me faire pardonner mes cachotteries.

Mouais, il y a peut-être de ça.

En attendant, nous sommes le vingt-trois décembre et là, je ne peux plus reculer. D’autant que, dans le laps de temps, j’ai poursuivi les préparatifs.

La mairie est réservée, il ne reste qu’à déposer le dossier – pour lequel j’ai besoin de son accord, je ne peux pas signer à sa place quand même ! –, l’église aussi. Mon costume est choisi, tout comme nos alliances, l’animateur, le photographe… Bref, tout est prêt. Tout, sauf elle.

Un message de mon frère arrive. Émilie et lui ont dormi à Édimbourg, et ils vont aller faire un peu de tourisme avant de récupérer le reste de ma famille. Puis, ils nous rejoindront au cottage que nous avons loué pour le réveillon. Nous échangeons quelques messages, comme de coutume pleins de nos chamailleries. Mon mariage en est évidemment l’une des principales causes.

Près de moi, Héloïse grogne.

— Tu ne dors pas ?

— Mmm. Juste un message avec mon frère. Le reste de la famille est à l’aéroport, à Marseille. Ils vont bientôt embarquer.

Aussitôt, la femme de ma vie ouvre un œil. Elle se redresse sur le coude et dévoile son corps parfait. Comme d’habitude, tout en moi entre en réaction. Je ne vois plus qu’elle, ses courbes, sa sensualité. Le reste n’a plus beaucoup d’importance. Mon cerveau passe en mode sexuel et déconnecte de tout le reste, même de la phrase qu’elle m’adresse.

— Passe-moi ton téléphone ! Je voudrais demander à Émilie de me prendre un truc tant qu’ils sont à Édimbourg.

Je referme jalousement les doigts sur mon appareil. Hors de question qu’elle voie la conversation que j’ai avec Valentin. Pas maintenant. Pas si près du but.

— Prends le tien plutôt. C’est une conversation privée.

À la manière dont son corps se raidit, je sais que je viens de faire une très très grosse bêtise. De celles qui entraînent soient une réconciliation torride, soit une brouille aussi sévère. Et vu la posture de Mérida, je ne crois pas qu’on parte pour un marathon sous couette. Et merde ! Décidément, Valentin a raison, les cachotteries ne me réussissent pas.

— Tu es sérieux ? demande-t-elle en me foudroyant du regard. Tu serais le genre de gars qui a des échanges secrets avec Dieu sait qui au petit jour pendant que je dors ? Des choses si privées que je ne peux pas y avoir accès ?

Je bafouille. Tout, dans sa posture, trahit parfaitement ce qu’elle est en train de penser. Cachotterie, trahison, pourquoi pas maîtresse aussi, pendant qu’on y est ?

Si elle savait à quel point elle est loin de la vérité !

Je souris en imaginant la tête qu’elle fera quand elle saura. Mais ça ne résout pas mon problème de l’instant. Je ne sais pas trop comment me sortir de ce guêpier et j’opte pour une semi-vérité.

— Écoute, puce, ne le prends pas comme ça. C’est VRAIMENT Valentin en ligne. Mais je ne peux vraiment pas te montrer nos échanges. On est en train de travailler… à une surprise… pour toi. C’est pour ça que je ne veux pas que tu lises nos échanges. Ce n’est rien de plus que ça. Mais Émilie va te contacter dans trois, deux… voilà !

Son portable annonce l’arrivée d’un message. Je respire. Ça va l’occuper un petit moment. D’ailleurs, Héloïse prend le portable et en lit le message attentivement. Je sais bien qu’elle cherche à me faire languir et hésite même à me montrer ce message. Mais au lieu de céder à la facilité, elle tourne comme d’habitude, son atout en avantage et me présente ostensiblement son écran.

— Regarde. Je n’ai rien à cacher, moi !

Je relis le message de ma belle-sœur.

[Coucou puce.
Il paraît que tu flippes un peu.
Je ne peux rien te dire bien sûr.
Mais pour une fois, laisse glisser, lâche le contrôle.
Je te promets que lorsque tu sauras la surprise,
tu n’auras plus du tout envie de douter de ton homme.]

Je retiens un sourire satisfait, meilleure façon de relancer la lutte. Intérieurement, j’adresse un baiser sincère à ma belle-sœur. Parce que je sais que ça apaise Héloïse. Quoique.

Ma Mérida écarquille les yeux et là, je me marre. Je peux presque voir les rouages de son cerveau en pleine action, en train de se rassurer. Émilie ne lui ferait jamais de crasse. Mais en même temps, elle lui a fait des cachotteries. Ma chérie se détourne par contre pour composer sa réponse.

Je ne cherche pas à en savoir davantage. Pourtant, je déteste ça. Je déteste cette crainte que je fais naître en elle. Mais je suis trop près de mon but pour céder maintenant à son regard pas totalement limpide.

Je respecte sa logique. Chacun ses cachotteries. Il y a certainement un peu de revanche dans sa façon de faire. Héloïse échange longuement avec sa belle-sœur puis passe dans la salle de bains sans un mot.

Sa réaction me déstabilise. Quand Mérida est mécontente, elle râle, elle explose, elle extériorise. J’y suis presque rôdé. En tout cas, je commence à gérer. J’ai quelques clés, des codes de lecture. Mais là, c’est très différent.

Elle ne boude pas non plus. Ce n’est pas une arme dont elle se sert très souvent, mais elle y excelle quand elle veut.

Mais là, c’est encore autre chose. Elle semble… perdue. Oui, c’est ça. Elle est ébranlée, et je sais pourquoi.

Je m’assieds au bord du lit. J’y ai déposé une tenue que j’ai achetée pour elle… un peu pour moi aussi, je l’avoue, mais il n’y a pas de mal à faire deux heureux.

Mais elle qui sait être si coquette jette à peine un œil à sa robe pull en laine blanche, à ses bas de laine claire et à ses dessous assortis.

Un jour normal, Héloïse aurait sans doute plaisanté en trouvant que ça faisait mariée d’hiver. C’est le but. Mais elle ne le voit même pas.

J’attrape doucement la ceinture de son peignoir lorsqu’elle passe près de moi et l’attire entre mes jambes. Par l’ouverture, je devine sa dentelle, tatouée le long de ses côtes. J’aurais envie de la longer du bout de mes doigts ou de ma langue. Le corps d’Héloïse exerce toujours une fascination absolue sur moi. Mais ce matin, cette connexion ne peut suffire à apaiser ses craintes.

Je referme mes bras derrière ses reins. Je résiste de toutes mes forces à l’envie de laisser mes mains dériver sur ses fesses irrésistibles. À la place, je l’enlace pour la rapprocher au plus près de moi et pose mon front contre son ventre.

C’est une putain de torture ! Quel que soit son état d’esprit, sa peau palpite contre la mienne et notre connexion trouve toute sa puissance.

Je me retiens in extremis de la humer. Je n’ai pas à me donner cette peine. Je connais par cœur le parfum légèrement épicé de son excitation. Je la sens déjà envahir mes sens et me faire tourner la tête.

Je renforce mon étreinte. Même si j’en crève d’envie, ce n’est pas d’une partie de jambes en l’air que nous avons besoin. C’est de retrouver notre lien. Et quoi que mon sexe en pense, c’est exactement ce que je vais attendre.

Le souffle d’Héloïse, rapide, montre son excitation. Je retiens un sourire. Ma coquine n’attend que ça. Régler son angoisse par du sexe. Sans doute sauvage et explosif.

Je le lui offrirai volontiers. Mais plus tard. Je n’ai prévu de rejoindre les autres que demain, parce que ce soir, je compte bien célébrer nos fiançailles jusqu’à ce que l’un de nous demande grâce. Et ce ne sera pas moi.

Seulement ce projet, si séduisant soit-il, n’est pas à l’ordre des minutes à venir.

La priorité, c’est nous et l’absolue nécessité de la rassurer. Toujours. Alors, tout en me maudissant pour ma sagesse, je calme ma respiration et l’entraîne à ma suite.

Il faut quelques minutes à Héloïse pour retrouver un souffle apaisé. À l’instant où elle m’enlace à son tour et laisse glisser ses cheveux par-dessus mon épaule, jusqu’au milieu de mon dos, je me mords les lèvres pour ne pas hurler de soulagement.

— Je déteste te voir dans cet état, puce. Mais je te le répète. Je te jure que rien de mauvais ne t’adviendra par moi. Je te demande un effort supplémentaire. Ne réfléchis à rien. Ne planifie rien. Tout est sous contrôle. Tu n’as qu’une chose à faire… Me laisser gérer et profiter.

Héloïse ne dit rien. Elle se contente de m’enlacer plus étroitement. J’aime le contact de ses petites mains autour de mes épaules solides. Elle peine à en faire le tour.

Je savoure un moment cette étreinte, chaste mais d’une puissance qui noue mon estomac. Je ne suis pas sûr de contrôler mes émotions si je ne bouge pas très vite.

Je laisse remonter mes mains jusqu’à son visage que je dégage de sa parure rousse.

Ses joues légèrement rosies montrent qu’elle aussi est sensible à notre connexion et qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’on s’abatte ensemble sous la couette accueillante.

Mais le léger voile dans son regard me poignarde. C’est la première fois en trois ans qu’elle doute de ma loyauté envers elle. Je suis certain qu’elle ne croit pas un instant que je la trompe, mais j’ai fait une entorse dans notre promesse d’être transparents l’un envers l’autre… Plusieurs entorses en fait. Subitement, je me demande si ce n’est pas Valentin qui a raison.

Quelle qu’en soit la cause, je ne suis pas certain que ma Rebelle apprécie lorsqu’elle apprendra que ça fait des semaines que je complote dans son dos. Pour notre bonheur, mais tout de même…

Cette idée me tord l’estomac. Je suis à deux doigts de tout déballer maintenant. Juste pour qu’elle sache qu’elle peut me faire confiance.

Je lâche un soupir… j’aurais peut-être dû, moi aussi, opter pour la demande en mariage anodine, en faisant rôtir le poulet par exemple. Il paraît que ça se fait…

Héloïse se libère de mon étreinte à regret et laisse tomber son regard sur le lit.

— C’est pour moi ?

Je souris.

˗ À moins que je ne sois décidé à porter des bas…

Héloïse me rend un sourire taquin. Elle me donne une petite tape sur l’épaule.

— T’es bête…

Elle retrouve un sourire coquin que je lui connais bien en caressant du bout des doigts les étoffes chaudes ou délicates. Elle s’arrête sur le tanga de dentelle ivoire et lève les yeux vers moi.

— Et je suis censée mettre tout, tout, tout ?

Je passe ma langue sur mes lèvres, gourmand d’elle. Mille idées me traversent l’esprit. Très peu d’entre elles font effectivement intervenir des dessous.

— Ne me tente pas, Mademoiselle. Si tu me demandes, bien entendu, tu connais ma réponse. Mais j’ai prévu une promenade. Et si tu jettes un œil à la fenêtre, tu comprendras pourquoi il est plus que recommandé que tu portes tous les vêtements que j’ai prévus pour toi aujourd’hui. Et même ces très jolies bottines fourrées que tu ne voulais pas emporter.

Héloïse hausse un sourcil. Comme je le lui ai indiqué, elle se précipite à la fenêtre et s’extasie à grands cris devant le paysage qui s’offre à nous.

Le loch est comme figé. Ses rives sont couvertes d’un confortable manteau blanc. Les branchettes des arbres sont étoilées d’un givre épais qui joue avec les généreux rayons d’un soleil de décembre. Le silence donne une impression irréelle.

J’aime ce coin d’Écosse, presque autant que l’entrée des Highlands qui me donne à chaque fois un coup au cœur, ou que cent endroits qui me ramènent toujours ici, à plus forte raison avec celle qui partage ma passion.

Mais ce matin, dans ce contexte, c’est comme un coup de pouce à mon conte de fées.

J’ai eu quelques minutes pour savourer ce décor. Pas ma compagne qui retombe soudain en enfance. J’aime ça aussi chez elle, cette capacité à quitter le masque froid de la redoutable femme d’affaires pour redevenir une gamine. Pour un peu, elle m’embarquerait directement en peignoir et déclencherait une bataille de boules de neige géantes. Je pense que c’est ce qui nous attend demain, lorsque nous aurons retrouvé la tribu. Je la lui accorderai même ce soir. Ou du moins lorsque j’aurais mené mon projet à bien.

Elle se tourne vers moi et me regarde avec une intensité qui frôle la possession.

Mon ego de mâle devrait en être froissé. Mais j’adore ça. Parce que je sais que le regard que je pose sur elle est du même acabit. Souvent, Daphné nous dit que lorsqu’on se dévisage ainsi, c’en est presque gênant de sensualité. Heureusement que ma sœur ne voit rien de plus entre nous, elle serait obligée d’abandonner toutes ses romances.

Cette idée m’arrache un sourire en pensant aux discussions passionnées de nos trois belles à ce sujet.

Je me concentre sur Héloïse, cherche les vestiges de ces doutes qui ont empoisonné son esprit. Ils ont l’air d’être remisés loin de nous en cet instant.

En revanche, c’est une autre gourmandise qui traverse son regard lorsqu’elle demande.

— Dans ta journée surprise, il y a un petit-déj ? Parce que pour tout dire, j’ai très faim. Et vu que, tout de suite, tu n’as pas l’air décidé à m’expliquer quoi que ce soit, ni à me faire patienter autrement, ajoute-t-elle avec un regard suggestif vers le lit, j’irais bien manger un petit-déjeuner pantagruélique.

J’éclate de rire en retrouvant ma femme et sa façon si prévisible de résoudre les crises entre nous : beaucoup de sexe, un estomac bien rempli, et tout repart !

Dans mon planning, pour le moment, je n’ai pas prévu le premier, sans quoi je sais qu’on passera la journée sous la couette. Mais combler son second vœu est très largement dans mes cordes.

De fait, ma gourmande écarquille les yeux devant le vaste choix du petit-déjeuner.

— J’ai trouvé une bonne raison de ne pas vivre ici, déclare-t-elle très sérieusement, tout en se délectant d’une tranche de saumon fumé.

Oui, du saumon fumé, au petit-déjeuner ! Il paraît que c’est purement divin ‒ je n’ose imaginer les lubies qu’une grossesse pourra faire naître !

— Si on vivait là, avec ces petits déjeuners, je prendrais dix kilos par an ! constate-t-elle gaiement.

Je me joins à son sourire. S’il y a une chose qui n’angoisse pas Héloïse, c’est bien les considérations liées aux régimes. Je ne sais pas si c’est une question de métabolisme, de sport, ou sa capacité à oublier tout ce qui n’est pas le travail lorsqu’elle est en période de tension, et qui peut lui faire sauter nombre de repas, mais j’ai rarement rencontré une femme qui s’accorde avec autant de légèreté le droit à un bon appétit.

— Ne t’en fais pas ma puce, entre le froid, la marche, et la fin de la soirée… tu vas avoir l’occasion de dépenser toutes ces calories, l’assuré-je avec un clin d’œil.

Héloïse soutient mon regard. Elle a gagné en assurance face à moi, du moins le pense-t-elle. Je plisse un peu les yeux. Selon elle, ça accentue l’intensité de mon regard argenté. En tout cas, ça la trouble immanquablement… Cinq… quatre… trois… et voilà, je n’ai même pas le temps de finir mon décompte. Elle rougit délicieusement en m’adressant un regard brûlant.

Mon visage reste impassible, mais tout mon corps, lui, est tendu. Deux ans maintenant que j’ai goûté son corps la première fois et il agit toujours comme la plus puissante des drogues sur moi. J’avale une autre tasse de café brûlant, le temps de calmer la chaleur en moi.

Après le petit-déjeuner, j’oriente ma compagne vers la suite de la journée. Je profite de ce qu’elle file dans la salle de bains pour un petit coup de maquillage ‒ je n’ose lui suggérer d’éviter tout ce qui pourrait couler ‒ et j’empoche rapidement l’objet du délit que j’ai caché jusque-là.

Il est dans ma poche intérieure, tout contre mon cœur, et je ne peux m’empêcher de le tâter toutes les deux secondes pour vérifier qu’il est bien en place.

Dehors, un soleil pâle a vaincu les nuages les plus bas. La neige scintille sous nos pas et bien sûr, Héloïse ne peut s’empêcher de courir dans la neige. Elle glisse un peu, patine, se reprend d’une main posée au sol. Attentif, je guette ce que je sais être son prochain réflexe.

Ça ne manque pas ! Entre ses doigts, Héloïse a récolté une poignée de neige qu’elle compacte.

— Attention à ce que tu fais, Mérida ! Je suis en pantalon, moi. Alors que toi, si je te fais plonger tête première dans la neige…

Ma chérie se redresse de toute sa hauteur, comme un défi. Je m’approche à pas calculés, mon sourire le plus carnassier sur les lèvres. Elle rit tellement, faussement effrayée, qu’elle me manque de cinquante bons centimètres.

— Oh ça, tu vas me le payer, ma chérie !

— Mon cœur, ne fais pas l’idiot, je ne t’ai même pas touché.

— Je sais, mais c’est l’intention qui compte. Je t’ai avertie, et tu sais que je ne change jamais d’idée !

Héloïse tente de se faire moralisatrice. Non pas qu’elle soit très convaincante, mais j’apprécie l’effort.

— Putain, Alex, ne sois pas si têtu !

— « Ne sois pas si têtu » ? Et tu crois que je t’aurais conquise si je ne l’avais pas été ?

Je profite de l’instant de sa réflexion pour la saisir par la taille et la soulever.

— Et là, ma belle, tu reconnais ta défaite ou tu vas prendre un bain de neige ?

Ma Rebelle lève le menton, pleine de défi, et plante son regard dans le mien en même temps que ses petites dents dans ses lèvres inférieures.

Je descends lentement vers le sol, mon léger fardeau dans les bras. Elle ne cède pas. Moi non plus. Nos sourires pleins de morgue se répondent.

— Tu n’as qu’un mot à dire, je lui rappelle alors que ses cheveux dénoués frôlent déjà le sol neigeux.

— Je peux aussi tester le froid, si tu n’es pas assez gentleman pour épargner une demoiselle peu vêtue.

J’éclate de rire.

— Rappelle-moi, qui voulait sortir sans culotte ?

Je la pose au sol, souris de sa façon de râler, et la rejoins aussitôt. Penché sur elle je me maintiens à quelques centimètres en m’appuyant sur mes mains. Brrrr, elle a raison, le sol est froid. Je lui vole un baiser enflammé et l’aide à se redresser.

Héloïse époussète ostensiblement la neige sur son manteau en grognant.

— Arggg, c’est pas humain, comme temps !

— Et après, tu me rêvais en kilt !

Je la taquine, façon de lui rappeler le nombre de fois où elle a voulu m’en acheter un.

— Oui, ben je commence à te croire, c’étaient des sacrés guerriers ! Mais je te rappelle que moi, maintenant, je vis dans le Sud, à un endroit où les températures sont humaines, je suis une princesse frileuse…

— Dit celle qui dort nue quelle que soit la saison.

Héloïse m’adresse un regard brûlant.

— Ça n’a rien à voir, j’ai une super couette, et je t’ai toi.

Sa voix suave manque une nouvelle fois de me faire basculer. Je m’imagine bien la prendre par la main et l’entraîner au pas de course jusqu’à notre chambre. Je lui montrerai alors ma capacité à la réchauffer. Au lieu de quoi, je la presse contre mon cœur et pose un baiser sur son front.

Puis j’entrelace nos doigts et l’accompagne à la voiture confortable que j’ai louée pour le séjour.

Comme prévu, nous faisons le tour des lochs. L’appareil à la main, je prends des dizaines de photos. Je jubile. J’ai rarement eu l’occasion de photographier l’Écosse sous la neige.

 

 

 

 

 

Jamais avec mon modèle favori. Demain, comme chaque année, je lui offrirai un cliché que j’ai réalisé pendant l’année. C’est devenu notre coutume. Cette fois encore, ce sera un nu, une nuit où elle s’est endormie presque enroulée autour de moi, nos deux corps tatoués ne formant qu’un.

 

Un jour prochain, j’espère que sous sa peau nue se dessinera un ventre rond, comme nouvelle preuve de notre amour… Que j’aimerai ce cliché !

Je secoue la tête. Chaque chose en son temps. D’abord se marier. Et pour se marier, d’abord ma demande.

Un regard à ma montre. Je me crispe. Il est l’heure de se mettre en route pour Eilean Donan si je ne veux pas rater la réservation exceptionnelle que j’ai faite.

J’ai choisi ce lieu parmi tous, car lors de notre premier tour d’Écosse ensemble, elle y est restée en admiration. Je pensais que c’était par rapport aux nombreux films qui y ont été tournés. Mais non, c’était le cadre. Voilà pourquoi j’ai choisi ce château plutôt que celui d’Urquhart au-dessus du Loch Ness près duquel nous serons tous demain.

Je gare la voiture sur le parking presque désert. À l’accueil, on nous signale que le site sera bientôt fermé. Je chuchote mon nom et récolte un sourire.

Héloïse comprend-elle qu’il se passe quelque chose de spécial ?

Peut-être. En tout cas, elle ne cesse de babiller, comme si elle redoutait le silence. Moi, au contraire, je ne trouve plus les mots. Pourtant, je les ai répétés depuis des semaines. Mais au moment de me lancer, je ne sais plus par où commencer et je crains que mon idée, originale au départ, ne me conduise tout droit à la catastrophe.

Nous remontons main dans la main la longue chaussée de pierre, aux bordures blanchies de neige.

Bientôt, nous atteindrons le petit carré dédié aux mariages, et ma chérie parle toujours. Je lui tiens la main pour descendre les quelques marches. De là, nous dominons le loch et les rives enneigées. Le soleil fait étinceler chaque cristal de neige comme autant de pierres précieuses. Mon œil de photographe voudrait tout fixer, mais en cet instant, je suis surtout un homme amoureux au bord du précipice. Et les mots, insignifiants, qui continuent à se déverser de la bouche d’Héloïse. Je me tourne vers elle et pose la main sur sa joue.

— Puce, tu veux pas t’arrêter un instant ?

Elle me regarde, une lueur de panique dans le regard, et secoue la tête avec véhémence.

— Chérie, il faut que je te parle. Vraiment, c’est important.

Héloïse secoue de nouveau la tête. À travers ses cheveux dénoués, j’aperçois son visage blême. Il me semble même deviner la brillance irisée de quelques larmes.

Voilà autre chose ! Ma chérie pleure ? Je me jette à genoux devant elle et saisis son visage entre mes mains.

J’avais raison. Elle est livide et tremble de tous ses membres. Ses lèvres sont pâles et disparaissent presque tant elles sont pincées. Au frémissement de son menton, je sais que les quelques larmes qui lui échappent ne sont que la partie émergée d’un iceberg de douleur qui me glace instantanément.

— Héloïse, que se passe-t-il ?

— J’ai peur de ce que tu n’arrives pas à me dire, explique-t-elle tandis que les mots semblent butter derrière la barrière de ses lèvres. Depuis qu’on est arrivés ici, tu es de plus en plus fermé et silencieux. Et ça me terrifie. Tu… tu ne vas pas me quitter, si ? Articule-t-elle soudain très rapidement comme pour se débarrasser de cette pensée sombre. Je sais que je suis chiante parfois… bon souvent, mais…

Mon éclat de rire met fin à sa tirade. Entre mes mains, son corps se raidit comme si la glace l’avait emprisonnée.

Je ne sais pas d’où cette idée stupide est sortie, mais je crois qu’il est temps que je me découvre. Tant pis pour les conséquences. Au point où on en est… une rupture ! Et puis quoi encore ? Il faut que je la lui enlève au plus vite.

Et puis après tout, je suis déjà à genoux. Le plus dur est fait. Autant me lancer.

— Oh non, ma chérie. Je ne compte pas te quitter. Tout au contraire.

Ma voix tremble aussi. Bravo l’assurance du grand patron ! En cet instant, je suis tétanisé, parce que je joue plus gros que je n’ai jamais joué… sauf lors de ce Noël là, dans le salon de ses parents. Je chasse cette idée de mon esprit et reviens à ma belle.

Héloïse expire brusquement. Elle est restée en apnée pendant combien de temps ?

Je ne sais pas.

Mais je sais à quel moment mes mots atteignent son cerveau. À l’instant où elle suffoque, où elle écarquille les yeux, regarde, affolée, partout autour d’elle et réalise brusquement ma position.

— Alex, ne fais pas le con ! Reste pas dans la neige, tu vas être malade !

Je trouve encore la force de rire, malgré l’angoisse qui, cette fois, broie mon cœur.

— Tu veux vraiment que plus tard, je dise à nos enfants que, les derniers mots que j’ai entendus avant de demander leur mère en mariage, c’est que je suis con… ?

— Une demande ? En mariage ? balbutie Héloïse, si blanche, désormais, qu’elle peut concurrencer le manteau neigeux tout autour de nous.

J’écarquille les yeux. Ma femme à l’intelligence supersonique n’avait pas compris ?

— Tu… tu vas me demander de t’épouser ? répète-t-elle, les yeux de nouveau embués, mais d’une bonne brume cette fois.

Enfin j’espère. Vite, une note d’humour, parce que ses lèvres tremblantes et ses yeux pleins de larmes sont en train de me faire chavirer.

— Si tu me laisses en placer une, c’est le plan…

— D’accord, d’accord, je me tais… mais, tu es sûr…

— Héloïse, STOP !

— Oh oui pardon, balbutie ma Rebelle apprivoisée. Vas-y, je t’écoute. Regarde, je ne dis plus rien, ajoute-t-elle en mettant ses mains devant sa bouche en bâillon improvisé.

Bon sang, on dirait ma nièce Chiara lorsqu’elle veut absolument se taire, mais que ses yeux parlent à sa place. Je me retiens de rire, conscient que mes nerfs n’y sont pas pour rien. Je respire un grand coup, prêt à me lancer.

— On pourrait pas filmer ? lance-t-elle soudain.

Je sursaute et hésite sur la marche à suivre. Je l’assomme ou j’explose de rire ? Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle lubie ? Pourquoi ne pas demander à une équipe de tournage de nous rejoindre ? Je la regarde plus attentivement. Son stress est palpable dans sa façon de se mordre les lèvres. Ma Rebelle essaie de gagner du temps. Ce délai me serre le cœur. Elle ne me demanderait pas de filmer si elle voulait dire non ?

Héloïse me connaît si bien qu’elle reprend aussitôt.

— Je suis tellement émue que je ne vais pas retenir un mot sur cinq. Et je veux pouvoir les entendre, encore, et encore, et encore.

Touché ! Un coup en plein dans mon cœur déjà serré. Argument imparable, ma belle ! Cette fois, c’est moi qui tremble, au moment de me lancer.

Son argument se tient. J’aurais dû y penser ! Maintenant, alors que tout semble enfin prêt, que je vois à son regard qu’elle a enfin compris ce que je vais faire ‒ en même temps, il n’y a plus de suspense ‒, je me retrouve comme un con, un genou à terre ! Je ne vais quand même pas la demander en mariage d’une main et tenir mon appareil de l’autre ! Héloïse est plus rapide que moi. Elle avise un jeune couple qui approche de notre coin. Il rayonne. Pas étonnant, vu le ventre franchement arrondi de la dame qui pointe sous son manteau. Ni une ni deux, ma Mérida fonce vers eux.

Je tends l’oreille, l’écoute s’exprimer dans cet anglais fluide et presque sans accent qui la caractérise. J’aime l’entendre parler dans l’une des trois langues étrangères qu’elle maîtrise. Elle parvient même à y faire ressentir ses émotions. À moins que tout son corps ne parle à sa place.

— Je crois que… ça va être un moment très important de ma vie, explique-t-elle à toute allure. Je crois qu’il… va me faire sa demande. Vous voudriez bien filmer ?

Incroyable ! Au culot, mademoiselle « je ne suis pas douée pour les relations avec les gens » est en train de négocier une prise de vue.

La jeune femme, d’une rousseur qui n’a rien à envier à celle de la mienne, lui adresse un sourire lumineux. Elle lui explique que c’est pour eux une sorte de pèlerinage. Ils se sont mariés ici et, confirme-t-elle en montrant son ventre, elle avait envie que ce soit l’une de ses dernières promenades avant sa délivrance. Son mari se dévoue sans hésiter pour filmer.

Je ne suis pas sûr que ça m’arrange. L’émotion est grande. Je ne sais pas si je vais parvenir à refréner mon émotion. Et j’aurais autant aimé ne pas pleurer comme une madeleine, ni devant un témoin, même étranger, ni en laissant une preuve. Je doute que Valentin en tire un objet de moquerie, même fraternelle. Mais sait-on jamais. Cependant, Héloïse a raison… je veux revoir ces images, entendre de nouveau ces mots, graver ce moment…

Toujours agenouillé, je saisis entre les miennes les mains d’Héloïse qui est finalement revenue se placer devant moi.

Son regard de jade est plongé dans le mien et ça suffit pour dessiner mon univers tout entier. Je me racle la gorge, crains de manquer de courage et me lance sans plus réfléchir.

— Ma puce. Il y a deux ans, lorsque je t’ai vue dans ce magasin, prête à décapiter à mains nues le premier qui oserait encore te pourrir la vie, j’ai su… J’ai su que je te voulais, pour une nuit. Et lorsque chez tes parents, tu as fait front pour moi, j’ai senti que je te voudrais, pour toute notre vie. Ça peut paraître idiot. Mais c’est la pure vérité. Je guettais juste le moment où on serait prêt, toi et moi, à entendre ces mots. Longtemps, j’ai souri de ces trucs à l’eau de rose, où les époux sont les meilleurs amis. Et pourtant, il y a de ça. Tu es mon amour, mon amante, ma partenaire. Le soutien de mes projets, l’épaule qui me soutient si je flanche, le sommet qui me donne envie de me surpasser pour l’atteindre. Je ne dis pas qu’on va vivre tout le temps dans un conte de fées. Certains jours seront plus durs que d’autres. Mais si tu es à mes côtés, je ne risquerai rien. Et toi non plus. En deux ans, nous avons déjà construit beaucoup de choses. Mais depuis toi, je suis insatiable. J’en veux tellement plus. Je veux une vie avec toi, ses coups durs et ses joies. Je veux des enfants avec toi. Je veux que tous sachent que ma famille est la tienne. Que mon nom est le tien, parce que je suis à toi.

Je reprends mon souffle et cherche son regard. Elle semble dans un état second, le souffle court, les joues baignées de larmes. Pour ma part, par-delà ma propre vision brouillée, je ne vois qu’une chose : son sourire. Il illumine ma vie et me donne des ailes. Je sors de ma poche l’écrin qui attend depuis cet été.

— Si tu es d’accord pour ce projet, je voudrais que tu portes ceci. Dès maintenant. Qu’en dis-tu ?

Héloïse me foudroie du regard. Je me trouble. Elle me répond.

— De quoi ?

Je pose une main au sol pour m’empêcher de trébucher. Que se passe-t-il donc ?

Ma compagne reprend à mi-voix, sur un ton faussement sévère.

— Si tu veux que je te réponde « oui », pose ta question ! ! !

Oh, oui, bien sûr, LA question ! Je dois vraiment être perturbé ! Je retiens un fou rire. Mon caméraman glousse aussi. Allons bon ! Il comprend ce que je raconte ? Peu importe.

J’approfondis ma prise et ouvre mon écrin. J’ai réfléchi longtemps, écumé les grandes bijouteries marseillaises, sans avoir LE coup de cœur. Alors, je me le suis créé. J’ai fait faire un claddagh, l’anneau de fiançailles celtiques. Le cœur en est une émeraude et des diamants jouxtent les deux mains qui le soutiennent.

Héloïse met sa main devant la bouche et me tend spontanément l’autre.

— Puisque tu veux des choses faites dans les formes…Héloïse, veux-tu m’épouser ?

— Oui, oui, OUI ! ! ! scande-t-elle avec une assurance accrue.

Dès l’anneau d’or glissé à son doigt, elle tombe à genoux devant moi et m’enlace avec une énergie qui me terrasse.

Nos complices du jour nous interrompent. Ils sont les premiers à nous féliciter, mais ils s’éclipsent rapidement, nous laissant seuls au monde, enlacés dans ce décor de carte postale.

Alors que le froid s’insinue en moi, je me relève et la garde au plus près de mon cœur.

Je murmure à son oreille :

— Ta journée surprise te convient-elle ?

Héloïse fait mine de réfléchir.

— Il manque encore quelque chose, pour que cette journée de rêve soit une journée parfaite, lâche-t-elle.

Je me trouble. Qu’est-ce que j’ai pu oublier ? Pince-sans-rire, ma fiancée reprend.

— Je n’ai jamais fait l’amour avec un homme fiancé. Tu crois que ça peut s’arranger ?

Ses yeux pétillent. Je sais qu’elle se moque de moi. Et j’adore ce trait de caractère, comme tous les autres d’ailleurs. Mais dans son regard, je vois aussi qu’elle est sérieuse quant à son envie de l’instant. Je rentre dans son jeu.

— Je crois que ça pourrait s’arranger. On m’a toujours appris à respecter les vœux des jeunes fiancées. Comme une sorte de cadeau.

— Ah, je suis rassurée, souffle-t-elle. Je craignais que tu sois de ces hommes qui prennent les fiançailles pour une période de pureté et de chasteté. Et je ne me serais pas imaginée attendre des mois ou des années avant la nuit de noces.

Allons bon, nous y voilà ! Une nouvelle vague déferle sur moi. Autant aller au bout des choses maintenant et effacer toutes les cachotteries.

— Six, je murmure.

Héloïse écarquille les yeux et demande :

— Six quoi ? Six ans ?

Je retiens un fou rire.

— Six MOIS, précisé-je. À partir d’aujourd’hui. Jusqu’à notre mariage. Le vingt-trois juin prochain.

Elle hoquète, me dévisage. Une lueur de soupçon assombrit son regard.

— Six mois, pour organiser un mariage ? Mais c’est juste impossible ! Rien que pour la salle… Attends voir une minute, s’interrompt-elle, sans doute alertée par mon sourire en coin. Tu as prévu quoi, exactement ? Je te connais, tu n’as pas laissé les choses au hasard. Alors ?

J’inspire un grand coup. Me voici face à mon propre piège. Je vais tout lui avouer.

— J’ai déjà préparé deux trois bricoles.

Sous son regard inquisiteur, je développe. Comment pourrais-je faire autrement face au véritable sérum de vérité qu’est ce rayon émeraude ?

— La salle, la mairie, l’église… Deux trois babioles en plus… Ma puce, ne t’énerve pas. J’ai fait tout ça parce que… Je ne sais pas exactement, sauf que lorsque l’opportunité s’est présentée, j’y ai vu un signe du destin. Je ne peux pas dire mieux. Je n’ai même pas su l’expliquer à Valentin.

— Parce que les autres sont au courant ? Bien sûr, c’était ça, les cachotteries. Pas seulement la demande, mais tout le reste. Ça fait des semaines que je te trouve étrange et que je me dis que je suis parano. J’ai même eu peur que…

Je scelle ses lèvres d’un baiser pour ne pas laisser place à un nouveau doute. Contre moi, son corps se détend peu à peu. Je la plaque contre moi pour ne pas perdre cette connexion et je murmure sur ses lèvres :

— De quoi as-tu pu avoir peur ? Alors que toute ma vie n’est faite que pour notre bonheur. Quant aux fameux secrets, je peux t’en parler maintenant. Disons que mon initiative a entraîné des réactions opposées.

Elle se montre très intéressée et attend mon explication.

— Les filles ont trouvé ça très romantique, mais elles me détestent d’avoir dû se taire si longtemps. Et Valentin était persuadé que tu allais m’émasculer à mains nues.

Héloïse glousse. Cette adorable peste glousse en regardant ostensiblement mon entrejambe. À croire que l’idée lui paraît intéressante… Fort heureusement, elle secoue la tête.

— Pardon de te le dire, mais ton frère est un crétin sur ce coup. Je n’irai pas t’émasculer avant de t’épouser ! Ce serait contre-productif !

Je devrais me sentir humilié de me voir assimilé à un produit, mais je sais qu’elle me provoque pour rire. Son air sérieux est rapidement de retour. Je reprends le mien et porte ses mains à mon cœur.

— Je veux juste que tu saches, ma puce. Je n’ai rien fait contre toi. Je te l’ai promis et c’est vrai. Les choses se sont trouvées comme ça. Une sorte de hasard, un signe du destin. Je voulais te faire une surprise. Sans aucune mauvaise intention. Je voulais juste prendre soin de toi et te préparer la vie de rêve que je veux t’offrir. C’est le vœu que j’ai formulé lors de notre premier Noël ensemble. Je compte bien le réaliser.

Héloïse hoche la tête gravement. D’un ton qui se veut léger ‒ pas tout à fait ce que disent ses yeux ‒, elle m’interroge :

— Et que me reste-t-il à faire, dans ton beau projet ?

Je fais mine de réfléchir. Hors de question de me poser en coupable, ni de faire preuve de suffisance. La situation est mieux engagée que je ne l’avais craint, mais elle peut encore évoluer. Je reprends calmement.

— Choisir tes témoins…

Elle hausse les épaules.

— Je crois qu’on sait tous les deux qui ça va être.

Je souris.

— Ça tombe bien, elles s’entendront bien avec les miens !

Nos sourires se répondent.

— Il te reste la robe aussi.

Héloïse dresse un sourcil, apparemment surprise que je ne l’aie pas choisie pour elle.

— Non ! tout au plus ai-je donné quelques indications sur mes idées aux boutiques qui m’ont assuré qu’elles pourraient tenir les délais. Mais le choix sera le tien. Je suppose que les filles vont se battre pour t’aider. Il paraît que je dois rester en dehors. Pour le reste, il nous reste tout à valider ensemble. J’ai établi quelques plans, mais je ne déciderai rien de plus sans toi. Parce que c’est trop dur de te cacher des choses. Même pour ton bonheur. Rappelle-toi juste d’une chose ; c’est ce que t’a dit Émilie ce matin. Pour une fois, laisse-toi faire, laisse-moi prendre soin de toi.

Soudain plus grave, Héloïse me regarde intensément et elle me sourit.

— Te laisser prendre soin de moi ? Je crois que c’est ce que je fais depuis le premier Noël avec toi et je n’ai jamais eu de raison de le regretter… Mais j’ai une vraie dernière requête… Emmène-moi au chaud avant que tu n’aies plus pour future épouse qu’un glaçon. Et montre-moi de quelles façons tu vas me faire patienter six mois.

Si je m’écoutais, je la prendrais dans mes bras et redescendrais ainsi, ma fiancée dans les bras. Mais, outre la longueur du chemin, le soleil qui déserte est chassé par du verglas qui rendrait l’opération trop périlleuse.

Je me contente de tenir fermement contre moi ma fiancée et de savourer le son de ce mot à mon oreille.

J’éternue à trois reprises. Allons bon ! Qu’est-ce donc ? La grippe m’aurait rattrapé jusqu’ici ? Je hausse les épaules. Grippe, refroidissement, qu’importe. Si c’est le prix à payer pour conquérir la femme de ma vie et lui offrir un autre Noël de rêve, ça vaut bien toutes les grippes du monde !

Près de moi, Héloïse glousse une nouvelle fois.

— Je me demande ce que tu vas bien pouvoir préparer la prochaine fois. Tu te souviens, la première fois, tu m’as dit que tu mettrais tout en œuvre pour que plus jamais je ne déteste Noël. Je dois dire que là, tu as fait fort… j’espère qu’il te reste plein d’idées, pour rester à la hauteur.

J’esquisse un sourire. Des idées pour faire de chaque Noël un nouveau moment de bonheur ?

— Rassure-toi ma chérie, j’ai encore assez d’idées pour une vie au moins…

Et le regard que nous partageons me confirme que c’est loin d’être une promesse en l’air.

FIN

 

 

4 commentaires sur “Noël toi et moi le bonus! une surprise pour Noël

  1. Fabuleux. Ça donne envie d’avoir un bonus supplémentaire sur l’annonce de la grossesse de Mérida, sur leur mariage, sur la naissance de leur fille …
    Oserais-je vous le demander comme une continuité de ce livre magnifique ?
    Merci pour cela déjà. Merci pour ce magnifique moment de lecture.

    1. Merci beaucoup de ce retour.
      Même si je travaille sur un nouveau projet, pas facile de dire au revoir à Merida et Mercure… Qui sait? Peut-être poursuivront-ils leur route avec nous tous.
      Joyeuses fêtes

    1. Merci de ton retour. C’est vrai qu’on s’attache à eux. Je les visualise presque à Eilean Donan, … tiens, il faudrait que j’y retourne voir s’ils ne sont pas quelque part 😉

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