Eirenn, tome 1 Spes, de Karine Vitelli

Je continue avec bonheur mon incursion dans le domaine de la Fantasy en vous présentant le premier tome du roman de Karine Vitelli Eirenn, une lecture qui m’a embarquée en quelques pages et que j’ai déjà conseillée à Jolie Princesse car, il est bon de le préciser, ce livre peut passer entre les mains de lecteurs adolescents qui aiment lire et un peu réfléchir.

Eirenn est une jeune infirmière de presque 25 ans; vivant dans la région aixoise, elle a été élevée par une maman un peu excentrique au premier abord, qui lui a enseigné de drôles de règles de vie: la maîtrise des arts de combat, le contrôle de ses émotions et une défiance face à tous.

Pourtant, Eirenn est dotée d’une irrépressible envie d’aider, de soutenir ceux qui en ont besoin.

Mais alors qu’elle célèbre ses 25 ans, le 21 décembre, sa vie bascule dans le monde des mutants divisés entre Spes et Luna Nera.

Face aux choix qui s’offrent à elle, aux responsabilités et aux dangers qui en découlent, Eirenn, entourée de ses amis Elodie, William et Chloé, escortée par l’inquiétant Leander, va progressivement devenir une mutante, révéler son avatar et ses pouvoirs et tenter de trouver sa place malgré les particularités évidentes qui font d’elle à la fois une sorte d’héroïne et de bête curieuse aux yeux de ses camarades et un objet de convoitise pour le camp adverse.

Difficile d’aller plus loin dans le récit sans dévoiler l’intrigue mise en place par Karine.

Elevée dans un esprit de méfiance absolue, Eirenn voit en chacun tour à tour un allié ou une menace, un ami ou un espion. Sans compter qu’autour d’elle, les personnages sont à géométrie variable en fonction de la façon dont Aurore, le chef des Spes, affecte et réaffecte ses collaborateurs.

L’une des réussites de ce roman réside à mon sens, dans cette capacité à constamment brouiller les pistes. Comme Eirenn y a été formée, le lecteur se retrouve à son tour à douter de tout et de tout le monde. Les « bons » sont-ils vraiment gentils? Quel but poursuivent les « méchants »? Peut-on vraiment se fier à ceux qui semblent inspirer confiance? Et ceux qui paraissent indignes de confiance le sont-ils pour de bonnes raisons?

Bref, vous l’aurez compris, Karine Vitelli ne vise pas la facilité. Pourtant, son style est très agréable et à aucun moment on ne se sent perdu dans les doutes et les réflexions de l’héroïne.

L’écriture est prenante, le fait que quelques scènes se déroulent dans un décor qui m’est très proche me rend le livre plus familier, mais même sans cela, les descriptions sont suffisamment claires pour se représenter parfaitement les lieux, mais aussi les personnages et les effets de leurs mutations.

Les personnages, parlons-en! Un trio de beaux garçons, Leander, Connor et Romuald, aussi attractifs qu’inquiétants et auprès desquels Eirenn ne sait parfois plus trop sur quel pied danser. Les nouveaux-nés, en particulier Elodie, William, Chloé et Paul. Ils ne sont ni héroïques, ni parfaits, les uns tremblent devant les différences, les autres ont peur d’assumer leurs sentiments, certains sont antipathiques, mais capables d’élans remarquables, d’autres sont excités au point d’envisager de glisser un petit quelque chose dans leur infusion du soir. Quoique… Marguerite, la cuisinière veille…. Tout comme veille, sans qu’on mesure totalement son degré de bienveillance, l’obscure Aurore, chef opaque de ce camp. Et s’il faut une peste, ce sera Sophia, une garde aux cheveux rouges et à la langue acérée.

Il y en a, vous l’aurez compris, pour tous les goûts dans cet univers qui gravite autour d’Eirenn.

Enfin une héroïne à la hauteur de mes attentes, pleine de force et de contradictions. Elle se dévoue pour les autres; c’est le choix qu’elle a fait dans son métier et ce premier tome montre à plusieurs reprises que ce n’est pas juste un choix de carrière. Elle est pleine d’empathie et est prête à aller très loin pour préserver ceux qui comptent ou juste qui comptent sur une aide.

L’éducation qu’elle a reçue en fait une femme résiliente et solide, une guerrière aux dons surdéveloppés, capable de réagir au danger avec un sang-froid qui force l’admiration.

Mais c’est aussi une « grande gueule » qui a du mal à gober les réalités toutes faites, n’accepte pas l’injustice et paie parfois très cher son incapacité au compromis. Pour quelqu’un formé à camoufler ses émotions, pour le coup, on n’accordera pas à sa mère la palme de la réussite éducative.

Parfois même on aimerait lui enjoindre de se taire pour ne pas envenimer les choses, comme le fait régulièrement Leander, mais en même temps, c’est l’une des choses qui en fait un personnage non aseptisé, de ceux qu’on a envie de suivre longtemps .

Tellement longtemps qu’après avoir dévoré le premier tome en un temps incompatible avec une bonne nuit de sommeil, je vous abandonne pour attaquer le second. Et si vous êtes sages, je vous en parlerai aussi avec même, qui sait, une surprise à venir dans les jours prochains.

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