Ne t’arrête pas de vivre révisé par Lilie Desseaux, SP de SEE

 

Peut-on revivre lorsque tout s’effondre? Peut-on se redonner une chance lorsqu’on a tant donné?

Florence et Alain forment le couple que l’on aimerait tous devenir en prenant de l’âge. Quadragénaires, mariés depuis vingt ans, complices comme aux premiers jours, parents de deux enfants qui entrent doucement dans l’âge adulte et quittent paisiblement le nid, ils vivent un bonheur simple et pourtant précieux.

En parallèle, mais pourtant diamétralement opposés, Anne et Sylvain sont engoncés dans une relation toxique. Il veut tout contrôler, maintient sa compagne dans une emprise morale et physique dont elle ne parvient pas à se libérer, du fait de ses sentiments pour son compagnon, mais aussi de la domination qu’il exerce sur elle. Maltraitée, elle est aussi asservie au père de son fils qui la traite sans respect ni amour.

Les deux couples ont peu en commun, sauf un morceau de passé qui les rapproche, presque par hasard et un lien qui se crée, aussi spontané que miraculeux et les entraîne à se croiser et à se côtoyer par hasard, puis par habitude, puis par envie et enfin par affection.

Mais voilà que la vie s’en mêle et que la maladie dévaste les corps et les coeurs. L’auteur en traite avec force et beaucoup de sensibilité, dans tout ce qu’elle a de plus terrible pour celui qui se bat, mais aussi pour ceux qui l’entourent. Les instants qu’on préserve, les souvenirs qu’on se crée, le temps heureux grappillé sur un avenir incertain.

Sans dévoiler l’intrigue, très bien menée, je dois à Lilie Desseaux un moment de lecture particulièrement fort.

Je n’ai pu retenir mes larmes à de nombreux moments, prise dans l’intensité de ses mots. J’ai réfléchi aussi, longuement, pendant et après ma lecture, remuée par les réflexions qu’elle a fait naître chez moi : que ferais-je pour rendre chaque minute encore plus précieuse? Où trouver la force de se battre lorsque rien n’est sûr? Comment trouve-t-on la force de partir? Quand doit-on cesser d’y croire?

Et dans la narration, menée à deux voix par Alain et Anne, comme le miroir de deux histoires tellement contraires, on se retrouve percutés par la force des sentiments de l’un et de l’autre, par les combats respectifs qu’ils doivent mener pour leur amour ou pour leur sauvegarde, mais aussi par la force de vouloir faire face pour ce qui est le plus fort, son amour et les enfants qui occupent dans ce roman une place particulièrement forte. Ils sont bien sûr l’objet constant de l’inquiétude de leurs parents, mais ils savent aussi, avec amour et maturité, épauler le parent en souffrance, protéger, rassurer et guider.

Les deux narrateurs sont attachants et émouvants.

Anne est infirmière, elle sait protéger les corps, elle a un talent pour soigner les âmes, mais peine à faire de même pour elle, pour se protéger et se préserver.

Alain est tour à tour au fond du gouffre, abattu, et plein d’espoir. Il veille inlassablement sur ceux qui lui sont chers : sur Florence d’abord : malgré quelques craquages bien légitimes, il la protège et la chérit à chaque instant de la façon dont toute femme aimerait être choyée. Sur leurs enfants dont il prend soin autant que l’inverse. Sur cette étrange amie à laquelle il tente d’ouvrir les yeux. Mais lorsqu’il s’agit de prendre soin de lui, les choses se gâtent.

L’écriture est forte, servie par des scènes puissantes dont on ne sort pas indifférent.

J’ai eu du mal à quitter ce livre en cours de lecture, et même maintenant, plusieurs heures après l’avoir achevée, il reste un empreinte forte dans mon esprit et mon coeur.

Je ne connaissais pas encore le travail de Lilie Desseaux, je guetterai désormais ses prochains écrits tout en saluant la profondeur et l’empathie qu’elle a su transmettre.

Un grand merci aux Editions SEE pour la confiance qu’ils m’ont accordée en m’offrant cette lecture, la première d’une série que j’espère longue.

 

 

 

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